Jacobs et l'Egypte par Biermé dans "Le livre des Egyptes"


Scénario : E.P. JACOBS
Dessin : E.P. JACOBS

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Message Lun 10 Avr 2017 18:01

Jacobs et l'Egypte par Biermé dans "Le livre des Egyptes"

Les deux passages ci-dessous sont reproduits avec l'aimable autorisation des Editions Robert Laffont et de l'auteur Florence Quentin.
Merci à eux.


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Titre : Le livre des Egyptes
Auteur : Florence Quentin
Éditeur : Robert Laffont
Collection : Bouquins
Numéro : -
Copyright : (c) Editions Robert Laffont, S.A., Paris 2014
ISBN : 222111499X
Dépôt légal : octobre 2014
Achevé d'imprimer :
Parution : Janvier 2015.
Format : 134 x 200 x 27 mm
Nombre de pages : 1024 pages.
Tirage :
Numéroté : non
Ex-libris : non
Prix : 30€
Commentaires :
Extrait du sommaire :
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Entretien avec philippe Biermé, président de la Fondation Edgar Pierre Jacobs (Bruxelles)


:MJ:
Le livre des Egyptes". Extrait de la page 751 a écrit:
Quand l’Égypte fait des bulles.

Sphinx au laser contre super-héros !
Edgar P. Jacobs a ouvert la voie au développement de ce genre en y mêlant du fantastique : puissance et variété du découpage quasi cinématographique, rapidité des changements de plans, diversité des angles de vision sont rendus particulièrement efficaces grâce au savant dosage entre fiction architecturales, thèmes historiques (Hérodote) et réalité archéologique (avec les conseils, notamment, de l’égyptologue belge Pierre Gilbert). Quant aux sources d’inspiration choisies, elles ajoutent à la crédibilité de l’ensemble, sans en gommer l’aspect spectaculaire : La Grande Pyramide et ses souterrains, la chambre d’Horus et sa décoration forment, avec l’intérieur du musée du Caire, les points forts d’une théâtralité du décor qui, intégrée dans l’action, a même tendance par moments à écraser les personnages et à prendre la vedette. Il est vrai que, ancien baryton lyrique, Jacobs était tout imprégné des décors du grand opéra. Et un peu comme à l’opéra, il mêle avec délectation, dans ses planches, Antiquité, aventure et fantastique. La découverte de la tombe de Toutankhamon par Howard Carter (1922), avec sa fameuse « malédiction » qui, continue malgré tous les efforts des égyptologues à exciter les imaginations, est également une source inépuisable pour les scénaristes, qu’il s’agisse de raconter l’histoire (E.P. Jacobs l’a très bien fait dans le journal Tintin), ou d’en tirer des prolongements romanesques (Sussi Bech, elle, s’est inspirée de l’événement pour bâtir une histoire beaucoup plus romancée, en deux albums : Aïda Nour, 1991-1992 ; tandis que Michel oleffe et Olivier Grenson intègrent en 1992, le Dossier Carnavon dans leur série Carland Cross)/ tout récemment, c’est James Patterson qui s’est interessé au même sujet en contant en parallèle la double mort d’Howard Carter et de Toutankhamon (The Murder of King Tot, 2011 ?)



:MJ:
Le livre des Egyptes. Extrait Pages 758 à 761 a écrit:
LE MYSTÈRE DE LA GRANDE PYRAMIDE D’EDGAR P. JACOBS :
UN ALBUM CULTE DE LA BD EGYPTISANTE

Florence Quentin

Avec sa manière très particulière de voir et de représenter le monde des vivants et celui des dieux, l’Égypte pharaonique peut sans doute revendiquer la paternité de la bande dessinée : n’a-t-on pas retrouvé sur les ostraca, ces tessons de calcaire et de terre cuite sur lesquels s’entrainaient les artistes des grandes hypogées thébaines, des images et des commentaires satiriques pleins d’humour et de liberté créatrice ?
Le mystère de la grande pyramide d’Edgar Pierre Jacobs paraît en 1950 dans le journal de tintin puis en deux tomes (1954 et 1955) aux éditions du Lombard.
Cet album devenu culte puise son inspiration dans l’Égypte ancienne et la colore de toutes les teintes du mystère, cher à cet auteur prolifique du 9e art.
Le dessinateur belge s’appuie sur les récits d’Hérodote, échafaude des hypothèses entre la science et l’imaginaire et, pour la première fois dans le domaine de la bande dessinée de l’époque, collabore avec des égyptologues. Il lance des recherches très documentées sur l’Égypte ancienne et contemporaine pour nourrir les « nouvelles aventures » de ses héros, Blake et Mortimer. Ce n’est donc pas pour rien que ce souci presque maniaque du détail, l’aura de magie qui entoure les pyramides, la beauté du trait et la fidélité avec laquelle les objets antiques sont reproduits donneront naissance à des vocations d’égyptologues. C’est le cas de Jean-Pierre Corteggiani, longtemps membre de l’institut français d’archéologie orientale du Caire (IFAO) qui, dans Fous d’Égypte (1) (P.24), explique que ce « grand classique de la bande dessinée campait fort bien » une Égypte, qu’adolescent, il « brûlait de découvrir » et dans laquelle, il « trouvait de quoi nourrir son imaginaire ».
Dans les années 2000, les planches de cet album attireront même l’attention d’architecte français sur des anomalies dans la structure de la pyramide de Kheops, qui pourrait recéler une chambre inconnue.
Genèse d’un album qui a donné naissance à une réplique mythique de la bande dessinée : « Pas Horus, demeure ! »



Entretien avec Philippe Biermé
Président de la fondation Edgar pierre Jacobs (Bruxelles)


Florence Quentin :On connaît le soin extrême qu’E.P. Jacobs mettait à construire minutieusement, ses « nouvelles aventures » de Blake et Mortimer. Vous dites qu’il s’appuyait sur une information particulièrement solide et complète, étayée par des documents réels. Qu’en est-il de la genèse de la grande pyramide ? Comment a-t-il trouvé ses informations ?
Philippe Biermé : Edgar pierre Jacobs était tout à la fois scénariste, dessinateur et coloriste. Il pouvait passer deux ou trois ans sur le même album quand aujourd’hui les auteurs de BD en sortent parfois un ou deux par an ! Et si ses scénarios n’étaient jamais indigents, comme c’est le cas du mystère de la grande pyramide, c’est qu’il se plongeait dans des ouvrages savants, à la recherche d’éléments sérieux pour construire son synopsis et rendre plausible sa théorie. Il n’hésitait pas à aller à la source, en relisant les auteurs antiques, Hérodote, Strabon, Jamblique, mais aussi en se référant aux travaux des égyptologues, que ce soient des pionniers comme Mariette, Maspero ou encore des spécialistes des pyramides, comme l’architecte Jean-Philippe Lauer qui travaille à Saqqarah et bien d’autres.
Puis, il décida de solliciter une entrevue auprès du professeur Pierre Gilbert, directeur de la fondation égyptologique reine Elizabeth et conservateur des musées d’Art et d’Histoire du cinquantenaire à Bruxelles. Il lui expliqua les grandes lignes de la nouvelle aventure de ses héros. L’égyptologue belge était très intéressé par l’histoire imaginée, mais essaya de dissuader Edgar de prendre comme cadre de son aventure le plateau de Gizeh car, lui dit-il, ce dernier a été fouillé de fond en comble depuis des siècles et à ce titre, ne devrait plus receler aucun secret.

F.Q. : Jacobs ne se laisse pas influence pour autant et garde son idée originale ?
Ph.B. : Absolument. En 1954, lors de travaux sur le plateau de Gizeh, une barque solaire en parfaite conservation sera d’ailleurs découverte au pied de la grande pyramide, ce qui le confortera dans son choix d’un site égyptien emblématique.
Devant l’insistance d’Edgar, le professeur Gilbert met donc à sa disposition des ouvrages de la bibliothèque de la Fondation égyptologique et, tout au long de la réalisation du scénario, répond à ses innombrables questions. Il accepte aussi de réaliser pour lui la transcription hiéroglyphique du texte de la pierre de Maspero.
Pour rendre le récit plus authentique et crédible aux yeux de ses lecteurs, Edgar imagine un papyrus composé en grec par l’historien Manéthon et la découverte par Maspero d’une pierre en calcaire, encastré dans un mur de la mosquée du sultan Hassan, au Caire. Edgar en grand scénariste, mystifie son public en recourant à des auteurs célèbres comme Manéthon, un prêtre égyptien, né au IIIe siècle avant notre ère, qui rédigea en grec l’Histoire de l’Égypte, à la demande du roi Ptolémée II.

F.Q. : Pourquoi Jacobs choisit-il de situer l’action à l’époque du règne d’Amenhotep IV, le célèbre pharaon monothéiste Akhenaton ?
Ph.B. : En 1950, la réforme monothéiste d’Akhenaton n’intéresse pas le grand public mais Edgar a toujours été un précurseur, comme en témoigne ses autres albums. Il étudie donc les conditions obscures de la mort de ce pharaon et de sa succession et trouve la solution pour rendre le mystère qui entoure la sépulture d’Akhenaton et celui de la possible existence d’une chambre secrète au cœur de la Grande Pyramide.

F.Q. : Le « père » de Blake et Mortimer n’a pas les moyens de se rendre en Égypte pour vérifier sur place les décors et les détails auxquels il attache beaucoup d’importance. Des amis le mettent donc en rapport avec une jeune femme de la haute société égyptienne…
Ph. B. : Avec Cérès Wissa Wassef, élève au lycée français du Caire, puis de la faculté des lettres de l’université, avant de venir étudier à la Sorbonne. Il lui écrit le 21 septembre 1950 pour lui demander de le rencontrer à Paris. Dans un café de l’avenue des Champs-Élysées, elle répond pendant des heures à l’énorme questionnaire de Jacobs, « éblouie par la pertinence et la précision avec lesquelles il l’avait établi » racontera-t-elle. Grand observateur comme tout bon dessinateur, Edgar trouve que le visage de Cérès évoque celui de la reine Néfertiti, l’épouse d’Akhenaton…
Maniaque du détail, il veut tout savoir sur la vie quotidienne au Caire et la vie dans l’Égypte contemporaine ; il se documente même sur les formules de politesse en arabe et se fait décrire une villa au bord du Nil. Il ne se contente ni d’à-peu-près ni de description… des documents, voilà ce qu’il lui faut ! Cérès Wissa Wasset lui fournit donc des photos de la maison familiale au bord du Nil, située rue Ebn Bakil, qui sera rebaptisée, après la chute du roi Farouk, rue Wissa Wassef, en hommage au père de Cérès.
Au cours de ses recherches, un de ses amis le met également en contact avec des responsables de la compagnie aérienne Sabena, à Bruxelles et au Caire. Ceux-ci lui envoient des photos d’avions et des clichés de l’aéroport, très utiles pour créer les décors de son album. En octobre 1950, le directeur de l’hôtel Shepheard au Caire adresse à la Sabena dix photos de son établissement pour Edgar. Il peut enfin continuer le dessin de ses planches. Pour la suite de l’aventure, Edgar a besoin d’un lieu proche du plateau de Gizeh. Il demande donc une documentation très complète au célèbre hôtel Mena House dont l’une des chambres sera immortalisée dans le Mystère de la Grande pyramide…

F.Q. : En mars 1951, en contrepartie d’avoir dessiné les avions de la compagnie, Jacobs demande à la direction de la Sabena de lui offrir un billet d’avion pour l’Égypte. La compagnie belge lui répond positivement. Mais il semble que le « destin » en décidera autrement…
Ph.B. : C’est à croire qu’Edgar ne devait jamais poser le pied sur le sol égyptien ! Il reçoit le 11 juin 1951 la confirmation de la proposition des responsables de la Sabena. A la moitié de son histoire, son billet d’avion en poche et ses valises bouclées, Edgar a enfin l’occasion de partir au Caire. Edgar s’était fait réaliser une tenue de circonstance, inspirée de celle que portaient les explorateurs du début du XXe siècle. Mais le voyage est annulé car la révolution éclate en juillet 1952 en Égypte. Le célèbre hôtel Shepheard est incendié.
A trois reprises, alors qu’Edgar est prêt à s’envoler pour le Caire, les événements ont définitivement raison de ses projets de voyage en Égypte : La révolution de 1952, puis la guerre de Suez en 1956 et enfin la guerre des six jours, en 1967. Edgar pensait que la fameuse malédiction des pharaons s’acharnait sur lui !
Il aura ainsi été capable de réaliser le mystère de la grande pyramide sans jamais se rendre sur les lieux de l’intrigue. Une grande partie de son œuvre a été ainsi créée en restant chez lui.

F.Q. : Vous dites que le scénario de Jacobs repose sur le reportage d’Hérodote, l’historien grec de l’Antiquité, né au Ve Siècle avant notre ère. Le père de Blake et Mortimer pensait-il que la « chambre d’Horus » qu’il décrit en détail dans le mystère de la grande pyramide, pouvait ou avait pu vraiment exister ?
Ph.B. : Oui, car outre qu’il était passionné par le mystère, les énigmes non résolues, l’ésotérisme, Jacobs voulait faire croire aux récits d’Hérodote, grand voyageur, curieux de tout, qui écrit : « … Les chambres souterraines creusées dans la colline sur laquelle sont bâties les pyramides ; le roi destinait ces chambres à sa sépulture et, pour qu’elles fussent dans une île, il fît amener l’eau du fleuve par un canal ». Or, l’Osireion ou le cénotaphe de Séthi Ier à Abydos, construit dans l’axe du grand temple, prouve que ce type de chambre est tout à fait plausible. En effet, l’Osireion d’Abydos est conçu comme une île entourée d’un canal. Jacobs pensait qu’il pouvait en être de même pour Kheops.

F.Q. : Le sphinx de Gizeh cacherait lui aussi un accès secret à la Grande Pyramide, c’est du moins ce que pensait Jacobs ?
Ph.B. : Certaines traditions indiquent que le sphinx serait relié par couloir souterrain que les prêtres empruntaient pour se rendre à la Grande Pyramide/ Edgard s’est appuyé sur le récit de Jamblique et de certains égyptologues. Mais aussi sur des documents chaldéens, grecs, romains et arabes pour créer cet accès à la chambre d’Horus.

F.Q. : C’est en détaillant les planches de la BD de Jacobs que l’architecte français Gilles Dormion a relevé des anomalies dans la pyramide de Kheops.
Ph.B. : Parfaitement. Après avoir détecté des anomalies dans la structure de la Grande Pyramide, cet architecte a entrepris des recherches grâce aux techniques de la microgravimétrie et de l’endoscopie. Il aurait localisé une chambre inconnue dans cette pyramide… le vrai lieu d’inhumation de Kheops, qui sait ? Les explorations scientifiques le confirmeront peut-être un jour. Comme beaucoup de créateurs, Jacobs a peut-être eu une vraie intuition en imaginant une chambre secrète dans la Grande Pyramide…


Merci à l'auteur, Florence Quentin et à l'éditeur Robert Laffont pour leurs autorisations.
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Message Mar 11 Avr 2017 09:47

Re: Jacobs et l'Egypte par Biermé dans "Le livre des Egyptes

Et merci à toi pour la retranscription ! :p
Well then, Legitimate Edgar, I must have your land.
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Message Mar 11 Avr 2017 11:20

Re: Jacobs et l'Egypte par Biermé dans "Le livre des Egyptes

Oui, un grand merci à Toi, ô Mâitre du Forum !!! Par Horus, loué soit ton nom !!!
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Message Mer 12 Avr 2017 15:34

Re: Jacobs et l'Egypte par Biermé dans "Le livre des Egyptes

"Entretien avec Philippe Biermé
Président de la fondation Edgar pierre Jacobs (Bruxelles)"


La date de l'entretien est-elle indiquée ? Car la fondation n'existe plus...

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