Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

scénario : Jean DUFAUX
Dessin : Christian CAILLEAUX et Étienne SCHREDER
Guy Nipigue
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Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Guy Nipigue »

Je viens de refermer ce nouvel album...
Qu’en dire sans donner l’impression de dénigrer gratuitement, ce qui n’est absolument pas mon intention.
Rien à mon sens n’est à sauver dans cet album qui consacre un véritable naufrage de cette série.
L’intrigue :
Alors qu’une relecture de l’O.S m’avait un peu réconcilié avec cette histoire, je sais que cela sera impossible ici.
Une histoire de SF d’une banalité affligeante que je ne divulgâcherai pas...
Le dessin... :
J’apprécie les albums de Christian Cailleaux lorsqu’il dessine avec sa propre grammaire graphique.
Le café du voyageur, Le troisième thé, Les Imposteurs, R97 sont des livres que j’ai beaucoup appréciés, mais, là c’est une toute autre histoire.
Son approche des codes Jacobsiens ne me convainc absolument pas et me rappelle les dernières pages de l’O.S (terminées à la hâte on s’en souvient pour permettre à Dargaud de sortir l’album à Noël) : La planche 47.....
Les décors sont vides et n’approchent jamais le seuil de magie de la MJ.
Les couleurs sont à l’avenant.
A l’arrivée : ma plus grosse déception de toutes les reprises de B & M.
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Thark
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Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Thark »

La date de sortie de ce nouvel album est le 20/11/2020... mais il semble qu'en période de confinement et avec le "click & collect", certains l'ont reçu avec un peu d'avance. (Bravo pour la réactivité ;) , Guy Nipigue, et merci pour ce 1er avis... que j'ai donc placé en ouverture de ce sujet spécifique.)
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Et vous, vous l'avez lu aussi ?
Qu'avez-vous aimé, qu'avez-vous noté ? Qu'est-ce qui vous plaît ou vous déplaît dans cette suite de "L'onde Septimus" ?

Si vous avez envie de donner votre avis, de le partager et peut-être d'en discuter (avec respect et courtoisie 8-) ), ce sujet est pour vous !
:roll: :idea: :p
jyb
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par jyb »

Petite question à Guy Nipigue : dans la suite de l'histoire, après les planches 11 à 15 publiées dans la revue Casemate, voit-on le cargo Liberty ship appelé Pathna, celui qui renferme dans ses cales le laboratoire secret ? Et si on le voit, qu'est-ce qu'il fait ? Il navigue ? (merci pour la réponse, vu que je n'ai pas l'album - et en attendant de pouvoir le feuilleter, ce qui risque de prendre un peu de temps...).
Guy Nipigue
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Guy Nipigue »

Oui mais il reste à quai
Guy Nipigue
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Guy Nipigue »

Je l’avais commandé par Internet, car impatient de le lire(...) c’est pourquoi je l’ai déjà reçu 😉
jyb
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par jyb »

Guy Nipigue a écrit :
19 nov. 2020, 18:34
Oui mais il reste à quai
OK, merci. Curieux de voir ça (mais juste en feuilletant dans une librairie - quand les librairies rouvriront).
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archibald
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par archibald »

Guy Nipigue a écrit :
19 nov. 2020, 16:29
Je viens de refermer ce nouvel album...
.../...
A l’arrivée : ma plus grosse déception de toutes les reprises de B & M.
Clair et net ! :lol: Je lirai cet album après le dé-confinement quand on pourra circuler sans crainte du Molrik-19 :MJ:
D'après ce que tu en dis, il n'y a pas urgence ! 8-)
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Wronschien »

Décidément après l'Onde, Dufaux enchaîne les albums qui ne vont pas plaire à tout le monde.

Déjà pour le dessin le duo Cailleaux/Schréder n'essaie pas tant que ça de se rapprocher de Jacobs et des autres repreneurs. Je dirais que le trait est plus direct, moins étudié. Ça fait un peu mal de voir certains personnages, certains visages (surtout après Aubin !) mais bon une fois passée la surprise ça se laisse lire quand même. Cela dit je suis tout à fait partant pour qu'une plus grande liberté graphique soit laissée aux dessinateurs, ce qui a d'ailleurs bien sûr été le cas pour le Dernier Pharaon, et dans une moindre mesure ici. Ça apporte une certaine fraîcheur.

J'ai eu beaucoup de mal avec l'Onde, mais maintenant je l'apprécie plus que pas mal d'autres reprises, Aubin aide beaucoup il est vrai. En le relisant il y a 2 mois j'ai enfin eu l'impression de le comprendre, et heureusement parce que ce Moloch n'explique pas grand chose de ce qui s'est passé avant, c'est une suite et non une révélation qui éclaire tout. La SF c'est pas trop mon truc, alors je ne me rends pas bien compte si l'histoire est valable mais ça m'a plu dans l'ensemble. Sans doute que si Dufaux avait pu faire 2 autres albums comme prévu au lieu d'un seul, le récit aurait été plus abouti. Je trouve qu'Olrik aurait mérité qu'on s'attarde un peu plus dessus par exemple, sur ce qui s'est passé dans l'Orpheus en particulier, et les liens qu'il a peut-être avec le Moloch.
Par contre les explication pseudo-scientifiques à la fin là vraiment ça passe mal, c'est n'importe quoi avec des mots savants, autant dire "c'est magique". C'est comme l'utilisation un peu facile du fameux "Par Horus Demeure !". Pour tirer Olrik de sa torpeur bon ça passe. Mais dans la scène finale c'est assez incongru, je ne vois pas bien ce que ça vient faire là et en quoi le Moloch peut y être sensible, mais je suppose que ça fait bien, c'est du "name dropping" quelque part. Enfin il fallait bien trouver quelque chose pour habiller une phrase du scénario comme : "Olrik trouve le moyen d'arrêter le Moloch à temps, ouf".

D'ailleurs où est le fameux "Cri du Moloch" ? Vers la fin il gémit un peu mais ça fait léger.

Finalement je suis plutôt sorti satisfait. Bon je suis sans doute trop bon public, peut-être que la satisfaction venait simplement d'avoir échappé à Sente… (oui c'est méchant, mais j'avais bien aimé le tome 1 de la Vallée)
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par archibald »

Wronschien a écrit :
22 nov. 2020, 23:51
..../...D'ailleurs où est le fameux "Cri du Moloch" ? Vers la fin il gémit un peu mais ça fait léger..../...
Peut être un référence au cri d'Edvard Munch: son cri d'angoisse et de désespoir n'est pas entendu par ces deux amis qui marchent juste derrière lui .
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Ou à Alien : Dans l'espace , personne ne vous entends crier !... C'est vrai pour les terriens mais c'est peut être l'inverse pour les Alien ?
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J'ai une question pour ceux qui ont déjà lu l'album : A-t-on une explication sur la stratégie du Moloch qui consiste à multiplier à l'infini ( quasiment ) les Septimus, notamment pour les envoyer au théâtre, le Globe Theatre pour assister à une représentation de la pièce de Edgar P. Jacobs, the Yellow M ? :p

J'ai commencé à relire "l'onde Septimus " après avoir lu son résumé dans la présentation de ce nouvel album... mais il y a des choses qui coincent encore !
Je m'étais habitué au coté un peu ésotérique de cet album, considérant que c'était un "single shot" et même je commençais à l'apprécier après l'avoir décrié , à sa sortie .... :p
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Wronschien »

Ah oui le cri de Munch, je n'y avais pas pensé, bon peut-être mais ça ne me convainc pas trop cela dit.

Quant à la multiplication des Septimus, non aucune explication supplémentaire malheureusement, ni simple mention. D'ailleurs maintenant que tu en parles, ça a difficilement pu passer inaperçu du public mais personne n'a l'air de s'en préoccuper dans cet album-ci.
En tous cas moi j'ai supposé qu'il s'agissait plutôt d'un bug, entre le scaphandrier qui entre en résonance avec l'onde Méga, et puis Septimus qui vient le rejoindre d'une certaine façon, "guidé" par l'onde Méga après s'être désintégré sous la boule à éclair. Et ça donne l'onde Septimus qui le fait se multiplier et chercher Guinea Pig. Encore une fois aucune explication alors on ne peut qu'imaginer.
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par archibald »

Wronschien a écrit :
23 nov. 2020, 09:18
Ah oui le cri de Munch, je n'y avais pas pensé, bon peut-être mais ça ne me convainc pas trop cela dit.
..../...
Moi non plus à vrai dire ! :lol:
Merci d'avoir pris le temps de me répondre , Wronschien. C'est un peu dommage d'avoir abandonné tous ces Septimus au bord de la route...
:x
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Guy Nipigue »

C’est bien le problème des intrigues de Dufaux...
J’avais aussi compris que la multiplication des Septimus était liée à l’interférence entre les expériences de Mortimer et l’activité cérébrale de l’ET.
Et ma foi, cela me convenait.
je m’étais fait a l’idée que L’onde Septimus était un one shot.
On en restait là et les comportements mystérieux des militaires et d’Olrik « Asile » gardaient le charme de l’inexpliqué.
Malheureusement, ce second tome qui tente de rendre plus explicite l’intrigue, la rend hautement inconsistante.
Je laisse les futurs lecteurs apprécier la façon dont Olrik arrive à déjouer la tentative d’invasion Alien... ( narration et graphisme inclus)
Je suis OK avec l’idée d’un traitement graphique sortant des codes jacobsiens.
A la rigueur j’aurais aimé que Cailleaux dessine à sa façon, mais là on voit qu’il tente de faire du Jacobs sans réussir.
Sur certains personnages (Lilly Sing) il adapte carrément à son style et, si l’on ne reconnaît plus le personnage d’Aubin cela ne me dérange pas.
Pour moi les deux dessinateurs ayant réussi graphiquement leur reprises sont Ted Benoit (qui pourtant tire quand même le graphisme de Jacobs vers le sien) et Aubin. Particulièrement dans ce que je vois de l’album qu’il est en train de réaliser ou il tire le graphisme de Jacobs vers sa période «  Alex Raymond » (l’affaire du collier).
Je fonde mes espoirs sur cet album pour relever le niveau...
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Alhellas »

S'il n' y a aucun rapport avec Moloch, ils auraient aussi bien pu l'appeler " Le Trou de Baal"... mais c'est moins vendeur !
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archibald
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par archibald »

Alhellas a écrit :
23 nov. 2020, 14:07
S'il n' y a aucun rapport avec Moloch, ils auraient aussi bien pu l'appeler " Le Trou de Baal"... mais c'est moins vendeur !
:lol: :lol: :lol:
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Park Lane »

Il y a bien longtemps que je n'ai contribué à la vie de ce forum. Aussi, vais-je profiter de la parution de ce nouvel album pour écrire un billet au sujet des impressions qu'il m'a données à la première découverte.

Je l'ai lu sans déplaisir et même avec un certain plaisir. Je ne pense pas qu'il soit la pire des reprises, ni évidemment la meilleure, pour cette raison que ce type de classement dépend de beaucoup de critères dont celui des genres abordés. Certains lecteurs préfèrent le récit de science-fiction, d'autres le récit d'espionnage, d'autres encore l'intrigue policière ou le récit de guerre, autant de registres qui se sont illustrés au fil des publications, du vivant de Jacobs déjà. Ensuite, il y a, de l'intérieur de chacun de ces genres, la plus ou moins grande réussite du projet mené. Le cri du Moloch me semble du point de vue de son contenu un honnête album. Il manipule correctement un certain nombre de thèmes classiques de ce genre d'histoire d'invasion extra-terrestre.

Il est toutefois vrai que ce genre n'est pas nouveau, c'est le moins qu'on puisse dire et, ayant été abondamment exploité, ne passionne plus autant qu'autrefois. Il faut bien admettre que ce qui nous est raconté, s'inscrivant dans le cadre bien connu de histoires d'attaques extra-terrestres des années cinquante, a en effet depuis longtemps cessé d'exercer sa fascination initiale et risque de n'apparaître a priori que comme une énième variation sur un thème obligé, voire éculé. Mais la questionne est-elle vraiment là ? Après tout, on peut aussi se servir d'un genre éculé pour y glisser quelque chose d'autre qui le transcende. Est-ce le cas ici ? Je n'en suis pas sûr, tout en me disant que développée autrement, cette histoire aurait pu trouver une force visionnaire qui lui manque en l'état. Mais j'y reviendrai.

Comme Guy Nipigue, je pense que le premier album du cycle avait une dimension d'énigme suspendue qui lui donnait une force bien plus grande et je partage son impression selon laquelle on aurait très bien pu en rester à ce mystère non résolu. L'invocation finale "Asile, Asile !" était alors tellement étrange et inexplicable qu'elle faisait de cette fin quelque chose de vraiment fascinant. Il y avait dans ce premier volet une dimension d'odyssée mentale complexe avec une certaine forme de mysticisme cauchemardesque qui faisait la force de L'Onde Septimus. L'album avait quelque chose d'un aérolithe dans la série des continuations.

Il est clair en effet que nous sommes passés d'un climat d'onirisme fantastique (qui faisait que L'Onde Septimus m'avait d'emblée séduit alors que beaucoup d'autres lecteurs tenaient cet album pour un objet inclassable dont ils ne savaient pas trop quoi faire ni penser, éprouvant devant lui un mélange de malaise et de rejet) au volet "scientifique" dans lequel tout s'explique et doit se résoudre par un série de péripéties dont je seul vrai mérite à mes yeux est - et en cela j'éprouve une autre impression que celle de Wronschien - que s'y mélange quand même une certaine dimension de magie, ou plus précisément d'onirisme qui retrouve une partie, mais une partie seulement de ce que j'avais aimé dans L'Onde Septimus. J'ai apprécié notamment la prolifération des messages en hiéroglyphes extra-terrestres qui se mettent à proliférer, transformant les objets, les murs et les maisons en grimoires, de même que se multipliaient les Septimus en délire dans la fin cauchemardesque de L'Onde Septimus. Les images de cette contamination de signes écrits dans une langue indéchiffrable sont d'ailleurs de toute beauté, donnant parfois l'impression que les lettres irradient étrangement dans la pénombre.

Mais il est vrai que l'histoire qui nous est racontée cette fois est moins réussie. Je crois qu'effectivement, la nécessité d'apporter des explications "rationnelles", (c'est-à-dire de proposer un système d'explications fictivement rationnelles, selon les lois du genre) réduit la portée d'une intrigue qui aurait peut-être gagnée à conserver sa part de mystère irréductible. Je pense que Wronschien a raison quand il écrit : "Sans doute que si Dufaux avait pu faire 2 autres albums comme prévu au lieu d'un seul, le récit aurait été plus abouti. Je trouve qu'Olrik aurait mérité qu'on s'attarde un peu plus dessus par exemple, sur ce qui s'est passé dans l'Orpheus en particulier, et les liens qu'il a peut-être avec le Moloch."

Il est certain que développer l'histoire sur trois albums aurait permis de l'approfondir et d'éviter de donner le sentiment d'une précipitation de sa conclusion. De même, cela aurait permis d'éviter que la métamorphose qui rend à Olrik sa mémoire paraisse trop abrupte et convenue. La faute en incombe sans doute moins à Dufaux qu'à la décision éditoriale de limiter l'histoire à deux volumes. Je suis certain que si l'occasion lui avait été donnée de développer son scénario avec plus d'ampleur,( tel qu'il l'avait peut-être conçu à l'origine, il serait intéressant de l'interroger à ce sujet), il aurait sans doute, lui qui est un raconteur d'une très grande habileté pour qui j'ai une vive admiration, réussi à coordonner les différents niveaux de cette étrange aventure d'une façon beaucoup plus convaincante et sans doute inquiétante.

Reste aussi qu'il a sans doute été contraint par une des lois du genre jacobsien : inventer une pseudo vraisemblance scientifique à des évènements fantastiques qui font intervenir technologie et créatures soit modifiées par une emprise occulte, soit issues d'autres mondes, qu'il s'agisse d'extra-terrestres, de terriens dégradés du futur ou de robots échappant au contrôle de leur créateur. J'aurais aimé que Dufaux puisse déployer son récit sans forcément tenir compte de ces critères implicitement obligés et suivre une ligne très libre selon sa plus profonde inspiration, comme l'ont fait François Schuiten et Jaco Van Dormael dans ce qui, il est vrai, est plus un hommage qu'une continuation. Mais peu importe. On aurait pu imaginer que cet album ose cette forme de liberté, quitte à déplaire bien plus qu'il ne le fera, même si les jacobsiens de stricte observance à qui l'idée de continuation déplaît le rejetteront par principe, plutôt qu'ils le jugeront sur ses véritables défauts et ses véritables qualités.

Que tout finalement tourne autour de la célèbre injection : "Par Horus demeure !" ne me gène pas. C'est d'ailleurs aussi un lien implicite entre "Le dernier Pharaon" et les deux albums du cycle Dufaux. D'ailleurs, dans Le dernier Pharaon et le dyptique de Jean Dufaux, il est question d'un secret enfoui sous les apparences normales d'un capitale, d'une menace qui répand dangereusement ses effets, d'un renversement des valeurs et des codes exigeant un déchiffrement par un personnage sacrificiel, Mortimer dans l'un, Olrik dans l'autre. Ce jeux d'échos, certainement non prémédité, n'est pas moins fort intéressant en lui-même. Il dit quelque chose d'une vision très sombre chers quelques uns des auteurs actuels des aventures de Blake et Mortimer, et rejoint en cela certaines des préoccupations apocalyptiques de Jacobs.

D'où vient cependant que Le dernier Pharaon est, à mon goût, totalement réussi dans son genre propre tandis que Le cri du Moloch (quel beau titre soit dit en passant), l'est moins dans le sien ? A mon avis de ces deux facteurs : la réduction de trois albums à deux et la volonté de coller au moins partiellement à des codes de type jacobsien, si bien qu'on pourrait presque dire que, paradoxalement, Le cri du Moloch est en partie victime, non de son infidélité à l'univers de Jacobs, mais de de son trop grand désir d'en respecter certain des codes.

Reste quand même un album qui se lit avec plaisir et des instants vraiment réussis. J'ai aimé par exemple qu'Olrik apparaisse ici sous un jour assez héroïque et soir conduit à épargner Mortimer par souci de sa propre grandeur et pour mieux jeter le trouble dans l'esprit de ses adversaires qui seront forcés de reconnaître que pour une fois il a été sauveur plutôt qu'allié de la destruction, certes par l'effet d'un intérêt commun, mais non sans une certaine grandeur.

J'ai déjà dit que j'ai aimé la prolifération des signes qui fait du message extra-terrestre quelque chose de très mystérieux, comme si leur signaux relevaient de quelque vieux traité d'alchimie ou de magie noire que d'une technologie en avance sur celles des terriens des années 1950. La manière dont le Moloch s'échappe en fait une sorte de monstre de Frankenstein et on se dit que, mieux traité, ce thème aurait eu plus de force, car il est clair que si le Moloch n'a pas été créé par le professeur Scaramian, celui-ci est bien responsable de sa réactivation et des terribles effets qui en résultent.

Le personnage du Moloch, "sombre et hiératique" ainsi que le note la critique présentée dans "Sens critique", est en soi intéressant et donne par sa physionomie l'impression d'être une sorte de double de La Marque Jaune dans la première partie de l'album éponyme - mais sa mise en image est un peu fade quand il est montré avec plus de détail après avoir échappé à l'habitacle transparent dans lequel il est initialement enfermé. Il m'a aussi fait songer graphiquement à la figure du Diable dans Fantasia (dans la séquence illustrant Une nuit sur le Mont Chauve et cette ressemblance potentielle n'empêche pas qu'il n'a pas l'air assez mystérieux qui aurait fait de sa nature terrible quelque chose de vraiment fascinant. Je suis certain que ce personnage aurait gagné à être l'objet d'un plus grand développement si la version en trois albums avait pu être retenue. Est-il une pure incarnation de la puissance brutale sans autre conscience que celle de l'efficacité meurtrière et machinale, possède-t-il une forme d'hyper conscience portant les vertus agressives à leur comble et le rendant de ce point de vue incommensurable à toutes les interprétations humaines, comme certaines figures d'extra-terrestres des aventures de Madrake le magicien ? Quelle relation symbolique entre lui et Olrik au-delà de ce qui nous est dit ?

Enfin, j'ai beaucoup aimé les deux séquences faisant apparaître la jeune reine devenue personnage à part entière, au seuil et au terme de l'album. Il y a là une très belle idée parfaitement maîtrisée qui donne au récit une saveur toute britannique assez émouvante. La reine est subtile, enjouée, non dépourvue d'une sorte d'humour qui donnent à l'univers assez sombre de cet album un agréable contrepoint, fort bien dessiné de surcroît.

Question dessin, justement : eh oui, il faut bien l'admettre, la collaboration d'Aubin aurait certainement donné lieu à une bien meilleure qualité graphique. Je n'insisterai pas sur ce qui a déjà été dit au sujet de certaines maladresses dans la stylisation des visages des principaux protagonistes et je trouve très intéressante l'analyse de Wronschien à ce sujet. Malgré tout, le résultat est loin d'être indigent et les décors sont à mon goût très bien traités. Il y a a des cases vraiment magnifiques, comme celle où l'on voit dans la nuit de brouillard monter les colonnes de lumière dirigée vers le vaisseau des envahisseurs, ou, toutes celles, je me répète, veillez m'en excuser, qui concernent les signes hiéroglyphiques diffusés par le Moloch dans l'espace londonien. Le détail des paysages urbains m'a plu et je me suis surpris à reprendre plusieurs fois une même page, après en avoir lu les péripéties, pour le pur plaisir de regarder les lieux, les attitudes des passants, les véhicules en circulation. Il y a certainement, comme dans tout album, quelques écarts envers le strict réalisme, cela ne me gêne en rien dans une série qui de toute façon a tellement inventé de lieux et d'objets imaginaires depuis ses débuts, que ce genre de critère me paraît sans grande importance.

En définitive, c'est avec plaisir que j'ai lu cet album, sans le trouver cependant tel que je l'aurais aimé si l'auteur avait pu conduire son projet de manière entièrement libre et si le dessinateur avait été son premier collaborateur dans L'onde Septimus. Reste que cette aventure, si elle n'est pas ma préférée dans les continuations, me semble honorable et pas plus invraisemblable que certaines des fictions jacobsiennes que j'apprécie parfois beaucoup, parfois plus modérément, comme par exemple la seconde partie de L'énigme de l'Atlantide, les parties médiévales et préhistoriques du Piège diabolique, ou le cycle du Professeur Sato dont l'histoire n'a jamais réussi à me séduire vraiment sans me déplaire non plus tout à fait.

:idea:
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par archibald »

Park Lane a écrit :
26 nov. 2020, 10:45
Il y a bien longtemps que je n'ai contribué à la vie de ce forum. Aussi, vais-je profiter de la parution de ce nouvel album pour écrire un billet au sujet des impressions qu'il m'a données à la première découverte.
.../...
Merci d'avoir pris le temps de nous donner ton avis. Je n'étais pas trop motivé pour lire cet album que je n'ai pas encore acheté. Je trouve là des éléments qui pourraient me faire changer d'avis. ;)
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Park Lane »

Attention, je ne dis pas que c'est un chef d'œuvre de tout premier plan, loin de là. Mais cet album mérite tout de même d'être lu et regardé avec attention.

:idea:
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Thark »

Park Lane, c'est un réel plaisir de te voir ici à nouveau (et copieusement) sur le forum ! :)

Etant encore en pleine lecture fouillée du Cri du Moloch, j'attends un peu avant de lire intégralement ton texte pour éviter d'en être influencé ou de découvrir prématurément des éléments-clés sur le récit et la mise en images.

Mais d'avance et au vu des 1ères lignes, je suis sûr que tu nous as livré là une profonde analyse, attentive et constructive, dont la précision et l'ouverture d'esprit font honneur (elles aussi) à ce sujet destiné à recueillir tous les avis, aussi contrastés soient-ils.

Au passage, merci aux premiers commentateurs-critiques, et donc merci à toi... Je reviens te lire une fois mon exemplaire suffisamment lu et absorbé ! :o
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Alancay »

Coincé en Argentine sans avoir pu faire un tour en France ni en juin, ni en octobre,comme je l'aurais voulu (j'espère bien que ce sera possible en avril-mai prochain) je piaffais d'impatience pour découvrir cette "suite" à "l'Onde Septimus".
A lire vos critiques et celles publiées sur d'autres forums consacrés à la BD, je constate que je n'ai rien perdu (en ce qui concerne B et M en tout cas) et que je pourrai m'abstenir d'acheter cet album tout comme ceux du diptyque de La vallée des immortels.
juste après avoir écrit ce qui précède,j'ai découvert et lu avec attention l'analyse critique de Park Lane.
Damned ! Je suis du coup moins catégorique et devrai probablement lire tout de même cet album pour me faire une opinion.
C'est quand l'avocat n'est pas cru que l'accusé est cuit (Pierre Dac)
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Re: Votre critique de l'album "Le cri du Moloch"

Message par Wronschien »

Merci Park Lane pour cette analyse poussée et très intéressante, en la lisant je me rends compte que j'ai peut-être été un peu dur avec la fin de l'histoire ; et je crois que je l'aurai en tête quand je relirai l'album dans quelques temps.

En tous cas moi aussi j'aimerais bien savoir ce que Dufaux a dû supprimer ou modifier pour réduire l'histoire, les développements qui auraient été apportés. Je trouve par exemple un peu abrupt que Mortimer refuse d'aller lui-même voir ce que l'expérience avec Olrik a pu donner alors que c'était son idée et qu'il semblait y tenir. Cela dit ça donne un peu plus de présence à Blake, ce qui n'est pas pour me déplaire.
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