Je m’interroge donc au sujet de ces illustrations de commande que je n’ai jamais vues reproduites dans les ouvrages sur Jacobs que j’ai acquis au fil du temps.… une manière élégante de ne pas citer le nom de celui qui, au sortir de la guerre, se retrouve sur les listes d’inciviques, puis sur celles des condamnés pour collaboration. Une mise au point est nécessaire à ce stade de notre récit: Jacobs lui même n'a jamais été inquiété pour des faits de collaboration. Certes, à l'exemple d'autres, il a cédé à la tentation de réaliser quelques illustrations de commandes discutables -comme dans Terre et Nation, en 1941, où ses dessins exhortant des paysans à ne pas céder au marché noir voisinent avec des articles prenant en exemple la France de Pétain.
La « collaboration » de Jacobs à "Terre et Nation" ( "Volk en Bodem" du nouvel hebdomadaire de la Corporation belge des paysans), d’après Benoît Mouchart et François Rivière dans leur biographie « La damnation de Jacobs », se réduit à deux illustrations : une double page ( une allégorie propagandiste) dans le numéro du 9 Août 1941 et une autre dans le numéro du 13 septembre 1941 qu’ils décrivent ainsi :
Comme je suis d’un caractère curieux, j’ai retrouvé, grâce à internet, une couverture de ce journal avec ce dessin, signé Edg. Jacobs, réalisé à une période où, je repends les termes de Jacobs, « il s’agissait de boulotter ».On y voit, devant une maison communale, un jeune homme à la mine renfrognée, réconforté par un quinquagénaire au sourire bienveillant : il s’agit d’un paysan qui a tardé à déclarer ses cultures au bourgmestre. Celui ci dit, « magnanime » :
« Il n’y a pas de honte à reconnaitre ses erreurs ? Bien au contraire. Il est bien plus honteux de persévérer dans le mal et de finir en prison. ... Les paysans n’ont jamais beaucoup fréquenté les prisons ; ce n’est pas le moment de commencer! »





