l'Affaire du Petit Pinailleur

Scénario : E.P. JACOBS
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Will
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l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Will »

Petit Pinailleur a écrit :l'Entrée de l'Hôtel Duranton , planche 20 , n'est pas identique à celle de la planche 4 . Elle est moins large , et surtout moins imposante . Les fenêtres ne sont pas identiques non plus .

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archibald
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par archibald »

"On" a rétrécis les accès pour éviter les risques d'un nouveau cambriolage ?
La rapidité des artisans parisiens est mondialement reconnue ! :D
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abbas
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par abbas »

Normal, ce n'est pas le même dessinateur...mais ça ne m'avait pas frappée !!!
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Will »

abbas a écrit :Normal, ce n'est pas le même dessinateur...mais ça ne m'avait pas frappée !!!
On se demande même si dans la case de la 4ème planche , Blake et Mortimer ont été dessinés par EPJ .
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Iscariote »

abbas a écrit :Normal, ce n'est pas le même dessinateur...mais ça ne m'avait pas frappée !!!
Comment ça?
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Will »

Iscariote a écrit :
abbas a écrit :Normal, ce n'est pas le même dessinateur...mais ça ne m'avait pas frappée !!!
Comment ça?
C'est Gérald Forton qui a dessiné les premières planches de cette aventure . Voir ce sujet .
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Will »

Petit Pinailleur a écrit :C'est peut-être à la mode anglaise , mais je trouve que c'est bizarre que Mortimer , en pyjama , porte des chaussures au lieu des pantoufles .
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Olrik »

Will a écrit :
Petit Pinailleur a écrit :C'est peut-être à la mode anglaise , mais je trouve que c'est bizarre que Mortimer , en pyjama , porte des chaussures au lieu des pantoufles .
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c'est juste !
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Will »

Une case originale du journal Tintin . Quelqu'un qui sait déchiffrer ce qui était écrit avant le "HEP !" ?

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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Olrik »

Je vois un H entre le H et le E, ensuite un O, et peut-etre enfin un R...
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Park Lane »

Relisant aujourd'hui L'Affaire du collier , je constate ce qui semble être une petite erreur ou une imprécision de la part de Jacobs. A la case 8 de la planche 34, Duranton poursuivi par les hommes de Pradier dans le parc Montsouris dissimule le joyau dans une banquette du manège, l'enveloppant dans son foulard, comme le montre l'image et l'indique le récitatif.
photo 3.JPG
Cependant, le joailler est sorti de son domicile vêtu d'un imperméable passé sur un veston noir, une chemise blanche et une cravate, à la case 5 de la planche 31,
photo 2.JPG
délaissant le foulard jaune qu'il portait avant de se décider à sortir, alors qu'il était encore enveloppé de sa robe de chambre à la case 1 de la planche 30.
Photo 4.jpg
Comment expliquer la présence du foulard apparemment évidente, du point de vue du récitatif, au moment où Duranton s'en sert pour envelopper le collier avant de le déposer dans la cachette qu'il a choisie ?
Soit il s'agit d'une erreur de Jacobs, victime de cette fausse continuité de pensée qui crée souvent l'illusion d'avoir mentionné un détail dans le fil d'une narration et que l'auteur d'une telle erreur, précisément pour cette raison, ne remarque pas dans la plupart des cas, continuant d'être victime de la même illusion de continuité et ne soupçonnant pas qu'il ait pu se tromper ; soit Jacobs part du principe implicite que Duranton a emporté avec lui son foulard, le glissant peut-être dans la poche de son imperméable, si bien que cette éventualité qui ne nous est cependant pas montrée demeure inconnue du lecteur. Mais dans ce cas, pourquoi Duranton qui n'a nullement quitté son hôtel particulier avec l'intention de se rendre au parc Montsouris, encore moins d'y cacher le collier de la reine, aurait-il glissé le foulard dans sa poche au lieu de le nouer autour de son cou s'il avait estimé que la fraîcheur d'une nuit pluvieuse rendait nécessaire de le porter ? On ne peut imaginer un autre foulard qui aurait été oublié dans la poche de l'imperméable et dont je joailler se souviendrait brusquement de manière inopinée. En effet, il semble bien qu'il s'agisse du même foulard jaune, ce que confirme d'ailleurs son apparence à la case 9 de la planche 59, lorsque Olrik retire le collier de sa cachette, au petit matin du dernier jour de l'affaire. Dans ces deux cas, la couleur du foulard est légèrement plus sombre, tirant vers le jaune brun ou le jaune en raison de l'ambiance nocturne, puis de la faible lumière du premier jour.
De toute évidence, quelque chose échappe ici à la stricte logique ordinaire. Mais ce n'est pas le seul exemple d'une petite énigme tournant autour d'une étoffe. dans un sujet intitulé Le petit chiffon, Scorpio se posait en septembre 2013 la question de savoir qui avait placé le dit chiffon entre le timbre et le marteau du téléphone de Duranton (planche 27, case 8). Scorpio suggère que ce ne peut être que Duranton lui-même. Kronos va dans ce sens, supposant que le joaillier ait pu, soit placer lui-même le chiffon, soit demander à Vincent de le faire. Personnellement, je penche pour la première de ces deux solutions. Kronos fait justement remarquer qu'il est excédé par les appels téléphoniques incessant, ce à quoi il faut ajouter qu'il a d'autant plus de raison de craindre la sonnerie du téléphone qu'il se doute bien que le correspondant qui le harcèle n'est autre qu'Olrik. Ce qui, sans nous autoriser à conclure que Duranton ait emporté volontairement le foulard jaune, permet toutefois de dire que L'Affaire du collier en contient une autre, mineure et sans nul doute en grande partie involontaire : l'affaire des étoffes !

:idea:
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archibald
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par archibald »

J'avoue que ce foulard m'a déjà intrigué . Peut être Duranton a-t-il toujours un foulard en réserve dans sa poche ou dans sa sacoche ... ;)
Ma foi , même si ce n'est pas l'histoire la plus emballante , on se laisse quand même prendre par l'action et on oublie assez rapidement ces détails ! :p
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Park Lane »

Je suis bien d'accord avec vous Archibald. Mon attention à ce détail est d'ailleurs née, non d'une volonté de saisir de tels micro-fragments, mais du hasard d'une relecture dans laquelle je me suis fixé essentiellement sur les images, ce qu'on néglige souvent lorsque on se laisse emporter par le flux du récit. On lit y souvent les bande dessinées de manière semi aveugle pour cette raison précise, si bien que j'aime de temps en temps reprendre un album du seul point de vue de sa trame visuelle. C'est alors qu'on remarque quantité de dimensions, dont celles des petites erreurs mais pas seulement celle-ci d'ailleurs.
Je me demande toutefois si ces affaires de chiffon et d'étoffes sont, même involontaires voire inconscientes, aussi secondaires qu'elles semblent l'être. Il y a en effet dans cet album, que par ailleurs je ne trouve pas non plus le plus passionnant de la série, quoique il contienne quelques séquences d'anthologie, comme la plongée dans les catacombes, quelque chose qui m'a toujours frappé.
Olrik cherche à dérober le collier de Marie Antoinette. Or, dérober c'est au sens littéral, celui de l'imaginaire qui est aussi le sens étymologique, ôter une enveloppe, avant de vouloir dire s'emparer de quelque chose, comme le confirme le Litttré :

ÉTYMOLOGIE
Dé.... préfixe, et le vieux français rober, enlever par vol (voy. ROBE) ; wallon, derôber ; picard, rauber, prendre, ravir. Robe a signifié ce qui équipe et approvisionne, et aussi la robe, le vêtement que l'on porte ; de là le sens de dérober des fèves, leur enlever leur robe, leur enveloppe.

Dans le cas présent, il ne s'agit pas d'une robe, mais d'une parure que Marie Antoinette était censée porter autour de cou, de telle sorte que les brins du joyau se répendaient sur sa poitrine dont on sait que, selon la mode de l'époque, elle était passablement dévoilée par de profonds et larges décolletés. Les diamants ont donc un lien emblématique et métonymique avec cette gorge, d'autant plus au moment où se déroule L'affaire du collier, en 1967, soit près de deux siècles après l'exécution de la reine. Notons qu'un foulard se porte autour du cou, de même qu'un collier, et c'est justement dans un foulard noué devenant l'équivalent d'une bourse, comme celles dans lesquelles sont rangés certains bijoux, que que le joyau est enveloppé. Du corps de Marie Antoinette ne subsiste rien, sinon des symboles déplacés sur des robes ou mieux encore des parures, chacun se souvenant que les bijoux ont une valeur symbolique d'une intensité érotique toute particulière. La gorge est elle-même un emblème d'une autre sillon plus intime auquel on associe volontiers le symbole des bijoux dans la perspective d'une fantasmatique du trésor à conquérir. Mais dans ce cas où les joyaux renvoient explicitement au sexe féminin lui-même, ce n'est donc plus le buste qu'ils encadrent mais le pubis et le triangle qui entoure toute cette région du corps, centre théorique du désir masculin. Ce n'est donc pas par hasard que la dite zone est souvent mise par des étoffes qui la signifient, la révèlent partiellement, la redessinent à l'intérieur de formes triangulaires et l'inscrivent dans des réseaux géométriques, comme par exemple ceux des porte-jarretelles en broderie, souvent ornés eux-mêmes de motifs abstraits ou floraux, quand ils ne sont pas, dans le cas de certains articles de luxe rehaussés de perles. Pour désigner ces "chiffons" érotiques on parle traditionnellement de parures. Ainsi, un collier, un porte-jarretelles méritent tout autant ce nom selon deux sens différents liés à la symbolique érotique du bijou, celle du joyau qui souligne la beauté de la gorge, elle du porte-jarretelles qui souligne le bijou charnel du sexe.
Pour ma part, j'ai depuis longtemps été frappé par le collier de la reine tel qu'il est présenté dans l'album de Jacobs. Ses apparitions le présentent presque toujours sous le même angle, avec quelques variantes : déployé entre les mains d'Olrik sur la couverture, étalé sur un fond gris dans l'article que lisent les héros dans la première planche ; sa réplique est jetée par Olrik dans le puits où Duranton est à moitié noyé à la planche 50, elle entoure ensuite la tête du malheureux joaillier avant d'être saisie et étalée entre les doigts de Pradier à la planche 53, puis elle est de nouveau déployé dans les mains d'Olrik lorsque le colonel comprend qu'il a été berné, tandis que l'original est enfin disposé sur un coussin sous l'objectif d'une caméra de télévision à la toute dernière case lorsque Blake conclut l'aventure par cette parole : "Et ainsi s'achève ce qu'on appellera désormais plus que "LA DEUXIEME AFFAIRE DU COLLIER" !!! Blake est alors entouré de gauche à droite par Pradier, sir Henri Williamson et Mortimer. Le collier apparaît donc comme tel sept fois (huit si l'on considère le fragment représenté entre les mains de Pradier à la dernière case de planche 53, mais il ne s'agit que d'une variante de l'image précédente), dont cinq entre les mains ou sous les yeux d'hommes mûrs.
J'ai remarqué depuis des années que le collier évoque la plupart du temps, particulièrement sur la couverture, un porte-jarretelles particulièrement luxueux, certes, ce qui n'est pas étonnant puisque il est une parure de reine théoriquement destinée ne l'oublions pas à une autre reine, bien vivante celle-ci, Elisabeth II, qui, en 1967 avait très exactement quarante et un ans et comme symbole de l'unité de la monarchie offrait encore l'image d'une femme dans la plénitude de sa personne.
photo 4.JPG
photo 2.JPG
photo 3.JPG

Une petite anecdote convaincra ceux qui douteraient que la reine d'Angleterre ait jamais pu faire objet d'un investissement érotique, conscient ou inconscient, de la part de ses sujets. Je me souviens d'avoir regardé une émission d'Arte, donnée à l'occasion de son plus récent jubilé, dans laquelle un homme politique dont j'ai oublié le nom racontait comment il avait confié à un journaliste,sous le sceau d'une conversation privée, un charmant souvenir à propos d'Elisabeth II, souvenir qui s'était vu rapporté contre sa volonté par le journal pour lequel travaillait ce reporter indiscret. Reçu en audience par Elisabeth II dans les années 1990, cet homme politique avait été surpris de constater que la reine, qui atteignait alors les 70 ans, avait toujours des jambes ravissantes. Confus, il avait dès la parution du tabloïd téléphoné au chef du protocole de la reine, afin d'exprimer ses plus profonds regrets. Le chef du protocole l'avait alors interrompu et rassuré par ces mots : "Tranquillisez-vous, Sa Majesté est au courant. Elle 'ma dit ce matin qu'on ne lui a rien dit d'aussi charmant depuis des années."

Si nous admettons donc la similitude entre le collier de la reine et un porte-jarretelles des temps modernes, aussi luxueux soit-il - mais les objets imaginaires des fantasmes ne sont-ils pas toujours doté d'une qualité qui les rend impossibles ou peu probables dans la réalité ? - la question est alors de savoir : de quoi cette parure est-elle le symbole pour faire l'objet d'un tel désir qu'elle soit l'objet de tant d'investissements (à tous les sens du terme) opposés, celui de sir Henri qui a su la retrouver après une longue disparition, celui de Duranton, plus que trouble puisque il s'agit en apparence de servir le prestige de sa maison, mais en fait de la sauver d'une faillite), celui d'Olrik - sollicité par Duranton - qui cherche par ce vol non seulement à gagner une somme d'argent plus que considérable, mais surtout à servir les intérêts de son prestige et montrer qu'à peine échappé de prison il est toujours au sommet de son "art" de crapule, celui de Blake et Mortimer qui font tout pour retrouver le joyau et le restituer à sir Henri, selon le double motif de lutter contre Olrik et de satisfaire leur penchant à l'aventure. Même si le collier a appartenu à une souveraine défunte de manière violente au cours de la révolution française, et est censé devenir propriété d'une souveraine vivante au premier tiers de son règne, il est évident que ce n'est pas, à travers ces deux symboles royaux du féminin, le corps de la femme qui est l'objet de tant d'investissements. Le désir, abandonnant en effet la féminité charnelle et son foyer le plus intime, coïncide exclusivement avec le joyau lui-même et le prestige ou le bénéfice qui entoure ou favorise son possesseur. On outrait dire en quelque sorte que le désir se rassemble sur lui-même à travers un objet catalyseur qui le représente, hors de tout renvoi à un corps, qu'il soit celui d'une femme ou celui d'un homme. c'est donc le désir en soi, du point de vue des personnages de l'album, selon leur rôle et leur disposition propre.
Il y semble y avoir là un combat de virilités orgueilleuses, celle du triangle Olrik, Blake et Mortimer, Duranton et Pradier demeurant pour le second dans les marges de l'enquête en dépit de son rôle de policier, Duranton se signalant par une ambivalence d'honnête homme dissimulant un faible manipulateur doublement victime d'Olrik, laquelle ambivalents renvoie peut-être à une autre, tant le personnage du joaillier s'apparente symboliquement à une figure d'inverti moralement efféminé, telle que la fantasmatique virile de l'époque pouvait l'imaginer dans un monde où l'homosexualité était encore, parfois un délit, et surtout une tare dans l'imaginaire collectif, comme en témoigne les sobriquets et injures au féminin couramment employées dans les années 1960 pour désigner et ridiculiser cette orientation érotique.
De ce point de vue, Duranton est une caricature de la caricature de l'homosexuel vu par les hommes "normaux" : dandy quoique peu séduisant et plutôt poupon, lâche, dissimulateur, faible, hystérique, fasciné par les joyaux, vivant seul avec un domestique dans un monde où les femmes sont cependant très présentes comme en témoignent les nombreuses cases de l'album représentant des élégantes, notamment pendant la réception de présentation du collier de la reine, où l'on voit de nombreux couples dont un à la case 7 de la planche 8, est de toute évidence en situation de flirt, tandis que la foule attend l'imminente présentation du joyau. Excluons bien évidemment Blake et Mortimer de telles considérations, leur statut d'amis relevant des codes de l'histoire de la bande dessinée et non d'une secrète attirance déguisée par l'inconscient ou la volonté délibérée de l'auteur, cette interprétation éventuelle relevant bien entendu d'un parfait contresens. Le sort de Duranton immergé dans un puits envahi d'eaux, évanoui, la tête couverte de la réplique du coller, achève de dévaloriser ce personnage d'une façon si transparente du point de vue de la symbolique de la régression matricielle qu'il est inutile de s'y attarder.
Tout comme de commenter plus avant le système de protection initial de la chambre forte contenant le joyau, au-dessus des étagements de galeries souterraines. Notons simplement que la première parole prononcé par Duranton, à la case 4 de la planche 5, lorsque sir Henri le présente à Blake et Mortimer, le dominant de sa sature et le tenant par l'épaule, comme on le fait généralement des êtres faibles qui ont symboliquement besoin d'une protection est : "Messieurs, je suis confus", formule qui s'apparente plutôt au registre lexical d'une "faible femme" selon la fantasmatique virile traditionnelle. Par la suite, toujours en retrait dans cette même planche, il ne prend pas la parole et ne fait à la planche suivante que répondre "avec plaisir" à la courtoise injonction de sir Henri. Est-il nécessaire de préciser que Duranton est un joaillier efféminé, ainsi que les couturier sont souvent identifiés à des homosexuels dans l'imaginaire collectif, les uns comme les autres voilant (enrobant ?) cette disposition intime de leur libido derrière la préoccupation de rendre les femmes plus belles, plus élégantes et désirables dans le cadre d'une sublimation de leur être ?
Cela dit, le stéréotype caricatural de l'inverti envisagé du potin de vue de la virilité hétérosexuelle, selon lequel Duranton est un Monsieur de Charlus sans panache, ne vise pas tant à "parler" de la différence des orientations sexuelles que de qualifier plutôt un lien porta au désir en soi, l'homosexualité symbolique de Duranton ayant plutôt pour rôle de signifier à travers un stéréotype de l'homme efféminé dépourvu de courage et de droiture, comme de ette espèce de courage et de droiture paradoxales qui caractérisent le méchant viril, une fonction de personnage dans la trame du récit et de sa dynamique érotique, la notion d'érotique ne concernant pas ou plus ses objets premiers, mais l'essence même de la quête qui se joue et se noue dans cette histoire policière par les libidos réciproquement fétichistes de l'appropriation malhonnête et des ruses du voleur d'une part, de l'enquête et de la lutte pour arrêter le coupable et retrouver le bijou volé d'autre part. Preuve en est donnée par conclusion qui relance les possibles de la série : Olrik échappe à ses poursuivants mais est dupé par Blake et Mortimer, si bien que l'histoire de leur conflit rebondit vers un nouvel épisode. On notera que dans cette scène conclusive, sir Henri finit par restituer le joyau à la France, dans le cadre d'un beau geste d'entente cordiale, (dépouillant cependant Elisabeth II du présent qu'il comptait lui faire), tandis que Duranton bien évidemment est cette fois absent de la scène où seuls les représentants héroïques du mal comme du bien sont présents. Ainsi, à la toute fin de l'album, tout se dérobe de façon joueuse qui permet à la série de continuer, Olrik et son illusion de posséder le véritable collier de la reine, l'espoir que Blake et Mortimer avaient nourri de remettre la main sur le renégat et de le rendre à la justice.
Un dernier mot avant de conclure. Les Bijoux de la Castafiore sont parus en 1963. Avec L'Affaire du collier, il semble que Jacobs ait publié son propre "bijou" sans véritable Castafiore, si ce n'est le pathétique Duranton dont les seuls airs de diva sont les cris de panique, et qui, face à l'imposante stature et la forte personnalité de la mater sopranica de l'univers hergéen fait plus que pâle figure, non sans un secret humour de Jacobs !
Je précise que cette petite tentative d'interprétation conduite au fil d'une impression première et de l'intuition par l'écriture n'a aucune prétention théorique, et d'autant moins que si, comme bien des gens je m'intéresse quelque peu à la psychanalyse, je ne suis nullement analyste de profession, ni spécialiste. Que cette contribution soit donc considérée avec indulgence par ceux qui en savent certainement beaucoup plus que moi dans ce domaine, et comme une simple digression, peut-être excessive ou erronée, d'interprète amateur, passionné par les aventures de Blake et Mortimer. Après tout, interpréter, même peut-être à tort, c'est aussi vivre de l'oeuvre interprétée et la faire vivre aussi de cette façon, signe qu'on a pour elle........... du désir ! ;)

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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Captain Gregg »

Bonsoir Park Line!!

Merci encore une fois pour ce grand morceau de bravoure, ponctué de remarques très intéressantes.

Je demeure très surprise car en effet, comme vous le dîtes si bien, le texte ayant une importance prégnante chez Jacobs, on aurait par instant une petite tendance à se recentrer sur la narration textuelle et en revoyant cette image de Duranton, presque sous les eaux avec son collier sur la tête, je n'avais pas relevé combien celui-ci semblait décadent......Et en allant encore un petit peu plus loin (après tout, pourquoi, pas?? :D :D ), en regardant de près l'image impressionnante de Jacobs, c'est comme si Duranton avait été décapité......rappelant justement les peintures du mouvement dit"Orientaliste" qui mettaient en scène des personnages féminins, devrais-je plutôt dire des Femmes Fatales telle Salomé, ..... Certes, Duranton est loin d'être aussi charismatique qu' un Jean le Baptiste......Par ailleurs, il est loin d'être aussi brillant, aussi raffiné et aussi sensible qu'un Baron de Charlus..... :lol: :lol: Mais votre analyse est convaincante et la symbolique des bijoux est tellement ambivalente! C'est finalment très drôle lorsque l'on se réfère au sens étymologique de bijoux, qui vient de Joie....; Duranton en est le contre-exemple... :lol: :lol:
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Park Lane »

C'est vrai Captain Gregg ! Duranton a en effet quelque chose dans cette case d'un décapité biblique ! Je n'y avais pas pensé, et je vous remercie de cette fine observation qui ajoute à l'intérêt énigmatique de ce personnage telle que le représente la case de son évanouissement ! Je crois que l'univers de Jacobs est semé de références picturales et vous avez manifestement décelé l'une d'entre elle, laissée volontairement flottante afin de mieux faire jouer l'imaginaire du lecteur et lui permettre de mieux qualifier l'ambivalence du personnage par ce flottement même. Duranton n'a, comme vous le dîtes justement, rien d'un fougueux Saint-Jean Baptiste, au contraire, de sorte qu'il n'en serait qu'une sorte de déclinaison pathétique, mais peut-être est-il plutôt, ou aussi, un Holopherne en mode mineur ? Il pourrait dans ce cas évoquer celui du Caravage. Duranton-Holopherne vaincu par les femmes à travers le collier de la reine ! De surcroît, quand on sait que Marie Antoinette a été décapitée, si Jacobs a voulu faire allusion à une décollation, celle de Saint Jean-Baptiste, ou celle d'Holopherne, il y a là matière à penser ! Ce qui une fois de plus témoignerait de la richesse et de la subtilité de sa création décidément géniale, même dans un album qui comme semble à première vue moins réussi, mais cela peut d'ailleurs se discuter.
Le Caravage.jpg
Le Caravage.jpg (75.49 Kio) Vu 7351 fois
Quant au baron de Charlus, vous avez également raison : Duranton n'est guère à la hauteur du mythique personnage proustien, sauf sur un point : le baron dans la seconde phase de son devenir homosexuel s'abandonne malgré lui à des modulations de voix toutes féminines et incontrôlables, tandis que Duranton dans la case que j'ai signalée use d'une formulation de femme soumise, puis se livre un pu plus tard à des lamentations fort peu viriles du point de vue des stéréotypes traditionnels. Mais pour tout le reste, il est certain qu'il aurait bien des leçons de grandeur et de courage, comme d'intelligence, à prendre auprès du baron !

:idea:
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Kronos »

Park Lane a écrit :Relisant aujourd'hui L'Affaire du collier , je constate ce qui semble être une petite erreur ou une imprécision de la part de Jacobs. A la case 8 de la planche 34, Duranton poursuivi par les hommes de Pradier dans le parc Montsouris dissimule le joyau dans une banquette du manège, l'enveloppant dans son foulard, comme le montre l'image et l'indique le récitatif.
Cependant, le joailler est sorti de son domicile vêtu d'un imperméable passé sur un veston noir, une chemise blanche et une cravate, à la case 5 de la planche 31,
délaissant le foulard jaune qu'il portait avant de se décider à sortir, alors qu'il était encore enveloppé de sa robe de chambre à la case 1 de la planche 30. :idea:
Tout d'abord, bravo pour tes analyses percutantes et précises
Mais, je tiens à préciser que les "hommes du monde" en ces temps bénis des dieux... ne portaient de "foulard" sous leur robe de chambre, mais une écharpe !!! De soie, de préférence !

Sur la présence, bienvenue du foulard au fond de son sac, ne peut-on tout simplement pas penser qu'il s'agit en fait d'un simple chiffon qui traînerait au fond de la sacoche ...? N'ayant de ce fait strictement aucun rapport avec le foulard premier !

Je n'ai, quant à moi, pas retenu ce détail comme une anomalie dans l'étude que je suis en train de finaliser sur l'Affaire du collier, qui devrait paraître en septembre...

Concernant la ressemblance entre le collier de M-A et une jarretelle, il y a en effet de quoi rester songeur sur les motivations des artisans-joailliers de l'époque, Bœhmer et Bassange ; mais, encore une fois, rappelons-nous que ce collier n'était pas destiné à la Reine, mais bien à la maîtresse de Louis XV, la Du Barry !!! Ceci expliquant cela.
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Park Lane »

Merci Kronos de ces précisions en effet très judicieuses, tant au sujet de la distinction entre foulard et écharpe qu'à propos de la Du Barry.
Le foulard peut en effet avoir été contenu dans la sacoche, mais ce qui m'a intrigué est le récitatif mentionnant "son foulard", le possessif désignant théoriquement un objet dont il a déjà été question même indirectement, a moins qu'on parte du principe que le foulard fasse partie des accessoires obligés d'un homme du rang social de Duranton et que le lecteur soit censé le savoir, ce qui est possible, mais me semble cependant incertain. Ou bien Jacobs peut confondre l'écharpe en soie portée avec une robe de chambre avec un foulard - il y a identité de ton modulée par l'éclairage nocturne puis du premier jour ? Ou bien il a besoin d'un foulard dans ce moment du récit et le fait surgir comme par magie ? Ou bien encore, comme tu le suggères, il est en effet dans la sacoche afin de pouvoir étaler sur elle le collier en cas de présentation ? Cela est également très possible. Il y a en tout cas des affaires ou du moins des détails d'étoffes qui sont intéressants.
Mais quoi qu'il en soit, je lirai avec grand plaisir ton étude lorsque elle paraîtra et espère que tu nous rappelleras cette publication le moment venu. J'ai déjà lu un certain nombre de tes analyses dans les sujets du forum avec beaucoup d'intérêt. Ce forum est décidément un passionnant livre vivant de l'analyse jacobsienne grâce aux discussions qui s'y déploient comme autant de ramures et de feuillages dans une belle forêt domaniale !
Face à Hyde Park endormi, une fenêtre vient de s'illuminer au 99 bis Park Lane.
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Rob1
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Rob1 »

Planche 28, l'affaire Pradier :

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La couleur de la manche n'est pas celle de Pradier mais de l'autre policier. Sans doute une erreur lors de la mise en couleurs, l'alliance suggérant que c'est bien Pradier qui était dessiné.
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Will
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par Will »

Bien vu , Rob !

Rob1 a écrit : Sans doute une erreur lors de la mise en couleurs, l'alliance suggérant que c'est bien Pradier qui était dessiné.
Yep , de nouveau une de ces erreurs dans les albums du Lombard , desquelles Jacobs se plaignait . L'erreur est corrigé à partir de la première édition des éd. B&M .
Petit Pinailleur , provocateur de chance .
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archibald
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Re: l'Affaire du Petit Pinailleur

Message par archibald »

Je ne sais plus si on en a déjà parlé .
Mais une chose m'a choquée en relisant l'Affaire du Collier dernièrement . Olrik est analphabète .Il fait semblant de lire ..
Sans titre2.jpg
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Regardez bien la photo du journal .... 8-)
Well then, Legitimate Edgar, I must have your land.
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