Le Monde du 1er octobre 1996

Scénario : Jean Van HAMME
Dessin : Ted BENOIT
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freric
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Le Monde du 1er octobre 1996

Message par freric » 06 avr. 2019, 17:08

Le Monde
01 octobre 1996

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Merci à Pierre Durand pour l'article.


retranscription :
* Neuf ans après la mort de leur créateur, Edgar P. Jacobs, le capitaine des services secret de Sa majesté, Francis Blake et son ami le professeur Philip Mortimer, connaissent un nouveau triomphe, sous la signature du scénariste Jean Van Hamme et du dessinateur Ted Benoit.
* En quelques jours, la première édition de L’Affaire Francis Blake tirée à 480 000 exemplaire, s’est arrachée. De nombreuses librairies sont en rupture de stock, et les éditions Dargaud s’apprêtent à réimprimer.
* Première étape d’une opération marketing soigneusement préparée, l’album sera suivi d’une série de dessins animée, de téléfilms et de produits dérivés qui nous promettent des « Blake et Mortimer »jusqu’à la fin du millénaire
* Jean Van Hamme s’explique sur cette appropriation posthume des héros d’Edgar P. Jacobs.

Les bonnes affaires de Blake et Mortimer


Les 480 000 exemplaires de l’album intitulé « L’Affaire Francis Blake »ont déjà été distribués. Première réussie d’une campagne qui, jusqu’à l’an 2000, nous promet dessins animés, téléfilms, statuettes, vaisselle et tee-shirt inspirés des héros d’Edgar P. Jacobs.
SCÉNARISTE de L’Affaire Francis Blake, Jean Van Hamme risque de devoir bientôt s’acquitter du pari qu’il avait fait avec Claude de Saint-Vincent, directeur général des éditions Dargaud, selon lequel il l’inviterait dans l’un des meilleurs restaurants bruxellois, La Villa lorraine, si la vente du dernier albums de Blake et Mortimer atteignait les 400 000 exemplaires. Car l’objectif est sur le point d’être atteint. Le premier jour de parution, vendredi 21 septembre, 120 000 albums ont éré vendus en France.
Le précédent album des aventures de Blake et Mortimer – Le deuxième tome des 3 formules du professeur Sato, dû à la plume de Bob de Moor et publié en 1990 -, bien que médiocrement apprécié, avait quand même été vendu à quelque 400 000 exemplaires…
L’Affaire Francis Blake, elle, a déclenché dans le public un engouement sans pareil. La filiale de distribution de Dargaud, Eurêka, indiquait, jeudi 26 septembre, qu’elle était en rupture de stock, la plupart des libraires de France, de Suisse ou de Belgique demandant à être réapprovisionnés afin de pouvoir faire face à la demande des lecteurs.

ÉVÉNEMENT ÉDITORIAL
Les 480 000 premiers exemplaires imprimés de l’édition Française ont donc déserté les entrepôts de Dargaud. L’éditeur est actuellement en quête de papier afin de réimprimer 100 000 nouveaux albums du d’ores et déjà best-seller, qui devraient disponibles le 9 octobre.
Le succès du livre que concoctaient depuis quatre ans le scénariste Jean Van Hamme (XIII, Thorgal, Largo Winch, Les maîtres de l’orge) et le dessinateur illustrateur Ted Benoit (Berceuses électriques), à partir des personnages créés en 1946 par Edgar P. Jacobs n’est pas isolé. Ô Alexandrie, dernière-née des aventures d’Alix, le jeune héros gallo-romain créé par Jacques Martin (Le Monde du 13 septembre), bénéficie aussi de l’embellie qui touche la bande dessinée, et en particulier ses « poids lourds ». Paru le 12 septembre et tiré à 120 000 exemplaires pour le seul marché francophone le dernier « Alix » (éditions Casterman) s’achemine lui aussi vers une réimpression.
Blake et Mortimer comme Alix et son jeune compagnon Enak ; sont nés dans le journal Tintin après la guerre (Le Monde daté du 29-30 septembre). Devenus, chacun à leur manière, des personnages mythiques de la bande dessinée franco-belge, leur renaissance et leur succès sont liés à la nostalgie et à la vogue des années 50, dont la télévision, la radio et le disque tirent déjà parti. « il s’agit de grands classiques de la bande dessinée. Ils se renvoient la balle. Pour un libraire, il suffit de placer une pile de Blake et Mortimer à côté de celle d’Alix : Les lecteurs qui connaissent les deux premiers connaissent aussi le second », fait remarquer Simon Casterman, directeur des éditions du même nom.
Pour Claude de Saint-Vincent, le triomphe fait à la treizième aventure de Blake et Mortimer présente toutefois une particularité : « C’est un véritable événement éditorial. Certains livres atteignent des ventes de plusieurs centaines de Milliers d’exemplaires, mais sur plusieurs semaine, voire plusieurs mois. Pour L’affaire Francis Blake, cela s’est produit en moins d’une semaine. Ce qui prouve que l’album correspond à une attente et à un besoin des lecteurs vis-à-vis de ces héros, devenus universels, que sont le capitaine Blake et le professeur Mortimer. »
L’engouement profite aussi aux précédents ouvrages parus sous la signature du « père » spirituel de Blake et Mortimer, Edgar P. Jacobs, décédé en 1987. Ainsi, en septembre, il s’est vendu 40 000 exemplaires des douze autres albums des héros britanniques, soit le double de la moyenne habituelle, les lecteurs manifestant une prédilection pour La Marque Jaune et les deux tomes du Mystère de la grande pyramide.
La parution de L’affaire Francis Blake, son succès et l’influence qu’elle exerce sur les livres publiés antérieurement ne constituent pourtant que le « premier étage de la fusée ». Car l’album, et surtout ses héros, devraient occuper la scène médiatique jusqu’à l’an 2000.

DESSINS ANIMÉS
Leur réapparition a en effet été soigneusement préparée. Au terme d’une lutte avec d’autres éditeurs de BD, Dargaud avait racheté en 1992 le Studio Jacobs et les Éditions Blake et Mortimer, détenteurs des droits de création et d’édition des personnages. Après avoir publiés L’Affaire Francis Blake, Dargaud projette de paraître, « mais pas avant trois ans », un autre épisode, toujours signé de Jean Van Hamme et de Ted Benoit, L’Étrange Rendez-vous. D’ici là, l’éditeur a bien l’intention de faire exister Blake et Mortimer, avec divers partenaires.
Le jeu en vaut la chandelle : L’Affaire Francis Blake a nécessité un investissement de 15 millions de francs (acquisition des droits de création) ; la promotion de l’album à elle seule, partagée entre Dargaud et Télérama, qui l’a publié en feuilleton cet été, a atteint 8 millions de francs, que ce soit en publicité sur les lieux de vente, promotion, relations publiques, encarts publicitaires, etc. La presse écrite et audiovisuelle a joué les caisses de résonnance. Il faut maintenant que le phénomène dure, et qu’il soit rentable.
Les Éditions Dargaud et Ellipse (filiale de Canal Plus) se sont donc lancées dans la production de films des aventures de Blake et Mortimer, avec le concours de France 3 et de M6. L’adaptation des treize albums des tribulations fantastico-policières des deux héros, ainsi que de nouveaux épisodes spécialement créés, feront l’objet d’une d’une série de dessins animés de vingt-six minutes, qui seront diffusée en septembre 1997 par Canal Plus, en septembre 1998 par France 3 et en septembre 1999 par M6. Le budget global est de 56 millions de francs. En outre, Dargaud discute avec Canal Plus, France 2 et France 3 d’un téléfilm dont l’écriture est déjà prête, inspiré du Mystère de la grande pyramide et en étudie un autre à partir de La Marque jaune.
Ce n’est pas tout, L’affaire Francis Blake avait été précédée d’un battage médiatique discret mais insistant. La lenteur du dessinateur Ted Benoit, maniaque du détail comme l’était Jacobs, a alimenté l’attente des années durant. Sa prépublication dans Télérama, son insertion sur les écrans en ligne d’infonie, puis la parution de l’ouvrage, ainsi que celle du making of, baptisé Histoire d’un retour, Entretien avec jean Van Hamme et Ted Benoit, de Jean-Luc Gambier et Eric Verhoest (Éditions Blake et Mortimer / Dargaud, 136 p., 160 F), ne sont que des étapes.
Après l’édition et l’ouverture du chantier audiovisuel, place aux « produits ». Avant et pendant la diffusion de la série d’animation et du long-métrage à la télévision, Blake et Mortimer vont faire l’objet d’un important programme d’exploitation de produits dérivés, orchestré par Ellipse Licence, filiale d’Ellipse.
Des objets de collections – statuettes, timbres, pièces, etc. - seront destinés aux véritables amateurs, lecteurs de vingt à quarante-cinq ans à pouvoir d’achat important. La cible sera ensuite élargie au grand public, avec de la vaisselle, du linge, des vêtements, etc., également inspirés de Blake et Mortimer et de leur univers. Ellipse Licence table sur un chiffre d’affaires de 17,6 millions de francs d’ici à l’automne 1997.
Déjà déclinés en produits dérivés, Tintin, Babar ou Oui-Oui sont aussi utilisés par l’agroalimentaire, qui tire profit de leur image et de leur notoriété. En plus des institutions (banques, compagnies d’assurances, voire l’organisation non gouvernementales) intéressés par l’image de Blake et Mortimer, des chocolats, des biscuits ou des produits de confiserie pourraient donc un jour se servir de leur aura. Enfin, un parc d’attraction à thème dévolu à leurs aventures est actuellement à l’étude en Belgique.
Yves-Marie Labé


JACOBS PEUT-IL AVOIR DES HÉRITIERS ?

Jean Van Hamme, scénariste de L’Affaire Francis Blake, est un peu surpris du succès remporté par l’album. « La lecture de Blake et Mortimer semble réveiller toue la nostalgie, les émois que les lecteurs ont connus, comme nous, quand ils étaient enfants ou adolescents. C’est ce que Ted Benoit et mois voulions ; non seulement « faire du Jacobs » mais aussi rêver et faire rêver sur l’univers de Blake et Mortimer.
« Faire du Jacobs ». Pour certains critiques, la poursuite d’une œuvre de bande dessinée au-delà de la mort de son auteur réduirait le neuvième art au rang d’ »infra-littérature », ouverte à tous les talents et donc peu respectueuse de l’unicité d’une œuvre ou d’un auteur. La remarque n’émeut pas Jean Van Hamme : « Edgar P. Jacobs, que j’ai croisé il y a plus de trente ans, ne s’est jamais prononcé sur la filiation de son œuvre. Ce sont ses héritiers qui ont véhiculés l’idée qu’elle était impossible à perpétuer. Il a pourtant, de son vivant, transféré les droits à un studio, et non à une fondation comme Hergé. Nous, on a voulu faire une histoire dont ce bon vieil Edgar aurait pu être content ».

Les personnages d’abord.
En 1942, Jacobs avait lui-même terminé un épisode de Flash Gordon pour le journal Bravo. Se fondant sur ce fait ainsi que sur les nombreuses reprises de l’histoire de la bande dessinée (Greg a poursuivi Zig et Puce créés par Alain Saint-Ogan, Tom et Janry ont succédé à Franquin pour continuer Spirou, etc.), Jean Van Hamme fait remarquer qu’ « il existe un principe dans la bande dessinée franco-belge : Les personnages priment toujours sur l’auteur. Il s’agit non pas d’amoindrir une œuvre ou des personnages, mais de les prolonger et de les faire vivre au nom de ce principe ».
« Pour notre part, précise encore Jean Van Hamme, nous avons tenté d’être fidèle à la grande époque de Jacobs. Financièrement, je n’en avais pas besoin. J’ai uniquement cédé au plaisir, à un plaisir qui s’est révélé… payant ! »
Ingénieur commercial chez Philips pendant douze ans, tout en étant écrivant des scénarios de films (Diva, de Jean-Jacques Beineix) et de bandes dessinées – « Je suis entré à tintin par la grande porte, en travaillant avec Paul Cuvelier [Corentin] » -, Jean Van Hamme ne joue pas les vierges effarouchées devant le niveau de vente de L’Affaire Francis Blake. Pour celui qui publie depuis 1968, le succès ne s’est pas fait attendre, ses autres séries de bandes dessinées – Thorgal, XIII, Largo Winch,etc. faisant figure de best-sellers.
« Bien sûr, L’Affaire Francis Blake est une opération commerciale intéressante pour l’éditeur, dit-il. Mais il s’agit d’une opération « hautement commerciale », compte-tenu du degré d’exigence qu’imposaient les responsables de Dargaud et que nous nous sommes imposées. Il y a des opérations hautement commerciales comme celle-ci, respectables donc, et d’autres bassement commerciales. Ce fut le cas pour le deuxième tome des 3 formules du professeur Sato, pour lequel on a pressuré le pauvre Bob de Moor… »
Y.-M. L.



LES LIBRAIRES, PREMIERS SURPRIS PAR LE SUCCES DE L’ALBUM



« Ça part mieux que le livre de Brigitte Bardot ! » s’exclame, un peu étonnée, cette responsable d’une maison de la presse du 12e arrondissement de la capitale. Depuis samedi 21 septembre, date de parution de l’ouvrage, elle a vendu les cinquante exemplaires de L’Affaire Francis Blake qu’elle a reçus et en a recommencé vingt de plus.
Les grandes librairies ne sont pas en reste. A Paris, la FNAC de la rue de Rennes a vendu en l’espace d’une semaine, 2 500 des 3 500 exemplaires en dépôt. Au Furet du Nord (Lille), le responsable du rayon bande dessinées a d û renouveler son stock d'albums en m i l i eu de semaine, compte tenu du rythme des demandes : la grande librairie Lilloise a vendu en quelques jours 750 des 1 000 albums qu’elle proposait et en a recommandé 500…
« Tout le monde achète, il n’y a pas un profil de lecteur particulier, dit ce responsable. Le succès est dû à la fois aux qualités intrinsèques de l’album, mais aussi à la campagne médiatique. Ça profite aussi aux albums précédents : Les gens nous redemandent surtout Le mystère de la grande pyramide et la Marque Jaune ».
Tous s’accordent sur l’importance de la campagne orchestrée dans les médias. Il y a pourtant quelques fausses notes, mais rares. « Avec une telle publicité, on trompe forcément un peu la clientèle. L’ouvrage est bien ficelé mais on n’y trouve aucune originalité », juge ainsi le responsable de la librairie Imagine à Pau.
Le directeur de Futur antérieur, à Perpignan, est encore plus péremptoire : « L’Affaire Francis Blake n’apporte rien, d’un point de vue créatif. L’ouvrage me paraît insignifiant. Ce n’est pas une création c’est une redite. » Un jugement qui l’incite « à freiner sa vente, des deux mains ». Reste aussi à savoir si la pression médiatique une fois retombée les ventes continueront à être aussi soutenues. « Le bouche à oreille infléchir dans les prochains jours cette tendance. Mais j’ai été surpris par l’accueil de cet album ; c’est un succès sans précédent », indique me responsable BD du magasin Virgin Mégastore à Paris, qui se refuse toutefois à dévoiler son chiffre de vente.
Le charme de la nostalgie constitue un des paramètres de cet engouement. « Ted Benoit et Jean Van Hamme ont su respecter l’esprit de Jacobs. Il y a aussi le côté rétro, une qualité graphique intéressante et un bon scénario », expliquent en chœur plusieurs libraires.
Outre-Atlantique, où L’Affaire Francis Blake devrait être prochainement mis en vente, le gérant de la Mouette rieuse, à Montréal (Québec), note avec enthousiasme qu’il « a déjà des clients potentiels. J’attends donc impatiemment la livraison ». Ce qui démontre selon lui « l’intérêt du public pour la bande dessinée. Et c’est ce qui compte avant tout, la BD demeurant trop souvent le parent pauvre de la littérature ».
Stéphane Martinez


En attendant Astérix, les Schtroumpfs et Lagaffe.

Le trentième album d’Astérix, qui doit paraître jeudi 10 octobre, sera imprimé à 2,8 millions d’exemplaires pour la France, la Belgique et la suisse. Huit millions d’exemplaires seront mis en place en Europe. Le titre de l’ouvrage, au nom de code « Le Trentième », sera dévoilé la veille de sa parution. Publié par les Éditions Albert-René, il sera réalisé par Albert Uderzo – son coauteur, René Goscinny est mort en 1977 -, qui fêtera à l’occasion ses cinquante ans de carrière. Trois millions d’exemplaires du précédent album, La Rose et le Glaive, ont été vendus, selon l’éditeur.
Outre Astérix, un nouvel épisode des Schtroumpfs, Docteur Schtroumpfs, de Thierry Culliford, Alain Maury et Luc Parthoens, d’après Peyo, disparu en 1992, créateur de ces petits bonhommes bleus doit paraître le 26 octobre aux éditions Le Lombard. L’album est tiré à 200 000 exemplaires. Enfin, un nouvel épisodes de Gaston, Gaffe à Lagaffe, de Franquin, est prévu le 4 décembre. Il a été imprimé à 600 000 exemplaires par les éditions Marsu-Productions.
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