Mini-roman librement adapté...

Scénario : Jean Van HAMME
Dessin : Antoine AUBIN et Etienne SCHREDER
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Kronos
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Mini-roman librement adapté...

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Au cours de mes recherches tous azimuths dans le dark web, j'ai trouvé une petite pépite que j'ai mise en forme pour plus de commodité de lecture, et que je vous propose par chapitres

La Malédiction des 30 deniers
Ce récit est librement inspiré par et de la bande dessinée éponyme de Jean Van Hamme - René Sterne/Chantal de Spiegeleer et Antoine Aubin (tome second)

Préambule
Après quelques mois de maturation, quelques journées de terrain et quelques longues heures de conception, nous sommes heureux de proposer enfin à votre sagacité ce mini-roman La malédiction des trente deniers dont l'écriture se fit à plusieurs mains ; en espérant que vous éprouverez autant de plaisir à résoudre cette série d’énigmes que nous en avons eu à la concocter. Même si nous avons eu le souci de respecter une relative unité géographique, la lecture vous conduira sur deux Départements différents.
Au fil de sa construction, l'énigme a pris des proportions telles qu’il nous est apparu important de vous en faire profiter… Tous !
Nous vous en souhaitons donc une très bonne lecture, à la découverte des mystères du sous-sol du layon/saumurois.
Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
Les Auteurs

Chapitre I : Le secret de l’Ordre
Vendredi 13 octobre 1307. Quelque part entre Saumur et Montreuil-Bellay.
Les lueurs de l'aube illuminaient la douce blancheur des murs de la Commanderie. Une grande effervescence semblait régner à l'intérieur.
La disgrâce de l'Ordre avait eu le temps de se répandre depuis quelques mois et les consignes du Grand Maître allaient hélas devoir être scrupuleusement appliquées.
C'est donc un convoi de chevaux et de mulets lourdement chargés qui franchit la porte principale. Le grincement des chariots s'ébranlant lentement, l'éclat des croix de gueules, rien ne semblait cependant mis en œuvre pour tenter d'échapper aux hommes du bailli qui étaient certainement déjà en route pour appliquer l'ordre royal, bien au contraire.
C'est qu'il fallait donner le change, sacrifier les hommes et les coffres, pour sauver l'essentiel.
Tandis que la bruyante cohorte des fuyards montait vers l'église, par une petite porte piétonne, trois hommes vêtus de sombre, portant camail sous la capuche, sortirent furtivement…
Ce qu'ils voulaient sauver n'était pas très volumineux car ils ne s’étaient chargés d'aucun bagage hormis les lourdes épées que l'on devinait sous leurs capes. Les trois chevaux attachés à la porte étaient parmi les plus rapides et les plus endurants de l'écurie, dignes descendants des pur-sangs arabes ramenés des Croisades.
Soulevant un nuage de poussière, les trois hommes s'éloignèrent d'un trot rapide vers le Nord.
Dès le premier croisement, deux des cavaliers choisirent la direction de l'Ouest pendant que leur compagnon continuait seul tout droit.
La première consigne du Maître était catégorique :se séparer pour éviter que l'entité du secret ne tombe entre les mêmes mains !
Cependant, tout à leur hâte précipitée, les moines n'entendirent pas le bruit de la chute d'une petite boîte qui fut couvert par le claquement des sabots de leurs chevaux.
Une heure plus tard, les deux premiers Templiers atteignirent une destination depuis longtemps choisie. Ils n'avaient plus besoin de se cacher ; ici, personne ne pouvait les voir. La solennité de la mission exigeant qu'ils quittent leurs capes, leur manteau blanc de chevalier de l'Ordre frappé de la croix de gueules resplendissait à présent de toute son aura dans le clair halo de la torche que tenait le Commandeur Hugues. Le frère Baudoin, agenouillé au-dessus de la terre fraîchement retournée, traça le signe sur la paroi. Quand il se releva, Hugues l'étreignit silencieusement, l'embrassant avant de murmurer : « Puisse ce secret rester scellé à jamais... J'aurais préféré qu'il disparaisse avec nous, mais le Maître en a décidé autrement pour qu'il reste propriété du Temple quand celui-ci renaîtra. Baudoin, je ne sais ce qu'il adviendra de nous et de notre Ordre. L'affreuse épreuve que nous allons affronter autorise que je te délie de tes vœux. Va, quitte l'habit... Et sois digne de la lourde mission qui guidera désormais ta vie : transmettre à un cœur noble l'héritage du Temple ».
Silencieusement, les deux chevaliers regagnèrent la sortie, éteignirent leur torche, et se débarrassèrent de tous les signes distinctifs de leur vie désormais révolue qu'ils enfouirent profondément en terre. Fouettant alors leurs montures qui trahiraient plus sûrement que l'habit leur noble appartenance, ils s'évanouirent dans la brume naissante après un ultime adieu, dans un discret habit de gueux.
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Chapitre II : Le trésor perdu

Samedi 14 octobre 1307
Le troisième cavalier, lui, n'attendit pas de mettre à l'abri son précieux fardeau pour quitter vêtements et armes compromettants. Ayant parcouru plus de sept lieues le premier jour de sa fuite, en se cachant soigneusement et en évitant les chemins fréquentés, il comprit, en arrivant en vue de Saulgé, qu'il n'y avait plus personne pour l'aider à la commanderie. La porte béait, grande ouverte, le bâtiment désert. Un paysan du lieu lui apprit alors que des soldats arrivés hier la veille, avaient emmené avec eux les frères qui n'avaient opposé nulle résistance.
Geoffroy choisit alors de cheminer à pied, plein Nord, vers la commanderie de Brain. Il savait qu'une ferme fortifiée pourrait lui offrir asile pour la nuit, et chapelle pour prier, avant de traverser la Loire. Arrivé à la lisière du petit bois qui le séparait encore de cette halte, il emprunta la voie qui montait.
La fraîcheur du crépuscule l'enveloppa dans l'étroit chemin et Geoffroy frissonna en regrettant la chaude cape qu'il avait dû abandonner. Presque parvenu au sommet de la butte, il entendit soudain un craquement de branches sur sa gauche.
Geoffroy avait l'oreille exercée de ceux qui font métier des armes. Il comprit immédiatement, que ce craquement, qui n'était pas suivi du bruit de la fuite d'un animal, ne disait rien qui vaille. Il savait aussi trop bien la contrée infestée de malandrins, cottereaux, larrons et pillards de la pire espèce. En temps normal, le soldat templier chargé de protéger la route des pèlerins aurait facilement mis en déroute ces brigands.
Mais aujourd'hui, il en allait tout autrement...
Geoffroy s'était délesté la veille de ses armes, hormis son coutelas, et ce qu'il transportait exigeait qu'il préférât la fuite au combat. Le bruit d'une cavalcade dans les feuilles, accompagnée de hurlements, le fit bondir sur la droite du chemin. Il franchit le talus tout en se demandant ce que ces soudards pouvaient espérer trouver sur un gueux aussi pauvrement vêtu que lui. Il n'eut pas le temps de se questionner d'avantage, pas plus que de dégainer l'arme blanche cachée dans ses chausses, qu’une silhouette, tapie derrière un bloc de rocher, se dressa brusquement devant lui ; aussitôt, une douleur fulgurante lui déchira la poitrine. Un flot de sang envahit sa bouche.
Geoffroy aurait pu songer à l'ironie de trépasser dans un bois de l'Aubance sous la dague d'un misérable routier de grand chemin, se souvenir aussi des combats de Saint Jean d'Acre où il avait occis tant de Sarrasins…
Mais ses derniers instants de lucidité furent uniquement consacrés à son devoir : cacher le secret que lui avait confié le Commandeur. Au plus vite, il se débarrassa de son fardeau, juste avant de perdre connaissance.
Le lendemain, les paysans du lieu le découvrirent, agonisant. Malgré son triste état, il réussit à chuchotant distinctement trois mots. Trois mots bien dérisoires au regard des gigantesques trésors des Templiers, mais qui représentaient pourtant le secret le plus important de l'Ordre. En rendant son âme à Dieu, Geoffroy savait qu'il avait failli dans sa mission et qu'une part de ce secret était désormais aux mains d'une bande de paysans incultes.
Sept siècles plus tard, l'endroit a conservé pour nom les trois mots chuchotés par le Templier sans que personne ne sache qu'ils correspondent très exactement à la moitié du trésor perdu, évanoui en ce jour fatidique.
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Chapitre III : Le testament de Baptiste

13 juillet 2010
La grande cloche de l'église venait de faire retentir son neuvième coup. Le soleil perça largement au travers des rideaux et vint inonder la chambre mansardée. Le bruit des passants montait allègrement à travers les fenêtres restées ouvertes toute la nuit, pour tenter de capter un peu d'air et de fraîcheur du matin.
Malgré tout, Jean n'arrivait pas à se sortir du lit. Il repensait aux blanches plages d'Espagne où il aurait dû se trouver depuis trois jours, si tout s'était passé selon ses prévisions. Si « ça » n'était pas arrivé…
Mais voilà, le grand-père était mort une semaine auparavant, et, depuis, tous les évènements s’étaient enchaînés sans que Jean ait la moindre prise sur eux. L'organisation de la sépulture, l'accueil des cousins venus pour l'occasion...; il avait ainsi fallu qu’il revoie tous les plans projetés sur des vacances d'été pourtant tellement attendues...
Et ce matin, Jean se sentit vidé, retrouvant pour la première fois un peu de temps à lui...
Son grand-père, cela faisait des mois que l'on pensait qu'il allait mourir ; en fait, depuis son accident cérébral qui lui avait ôté toute possibilité de communiquer. Jean, pourtant si proche de lui, n'arrivait plus à aller le voir à l'hôpital. Son regard insistant qu'il ne pouvait soutenir, sa main se serrant sur la sienne... Il se sentait soulagé que tout cela soit enfin fini. Et seul aussi. Irrémédiablement seul...
La sonnette de la porte d'entrée le fit alors sursauter. Jean se leva d'un bond et, sans prendre le temps de s'habiller, courut ouvrir la porte : le facteur, jovial comme à son habitude, lui lança un « b'jour M'sieur Romet, recommandé, une petite signature, s'il vous plait ! », Jean s'exécuta, et, ayant adressé un machinal « bonne journée », refermait déjà la porte, tout en regardant, circonspect, le pli qui venait de lui être remis.
C'était une grande enveloppe, épaisse, très impersonnelle. L'adresse en était dactylographiée, ainsi que le nom de l'expéditeur : Maître Olivier Soudard, Notaire.
Surpris, Jean marqua un moment d'hésitation, comme une appréhension, une intuition même que ce courrier allait bouleverser sa vie.
Un premier courrier est signé du notaire : « Monsieur, je vous prie de trouver ci-joint les documents que votre grand-père Baptiste Romet m'a demandé de vous remettre après sa mort. Veuillez agréer... ».
Jean ne prit pas même le temps de lire la fin, que, déjà, il avait décacheté la première enveloppe, reconnaissant immédiatement sur le pli qu’elle contenait l'écriture familière de son grand père.
« Jean,
A l'heure où tu liras ces mots, je serai déjà mort... J'imagine ta surprise, comme fut la mienne quand je reçus ce même courrier de mon propre grand-père. Tout ce que je vais te dire à présent, tu devras le garder secret, jusqu'à la fin de ta vie. Ta vie en dépend ; la vie de beaucoup, sinon de tous, également.
Depuis que tu es né, je savais qu'un jour j'aurais à te transmettre ce secret. Je t'ai vu grandir, développer ta personnalité, et c'est avec beaucoup de joie que j'ai découvert chez toi ces valeurs qui sont celles de notre famille : honneur, loyauté, courage, intelligence.
Notre famille, depuis des siècles, honore une mission, laissée à nos aïeux, de préserver et transmettre ce document dans le plus grand secret.
« Ces documents » devrais-je dire. Le premier te racontera l'origine de cette mission, la formidable histoire de notre aïeul Jean-Baptiste.
Quant à l’autre document, je ne sais pas moi-même ce qu'il contient, mais ne l'ouvre surtout pas ! Cela représenterait un trop grand danger !
A l'heure où je t'écris, je sais bien peu de choses de la vie ; juste qu'il est peu de choses vraiment importantes, au fond. Mais la loyauté, ça je le sais, en est une. Notre famille a été choisie pour cela. Continue, à ton tour... ».
Jean, interloqué, laissa glisser son regard d'une enveloppe à l'autre : l'une, écrite de son grand-père, l'autre, très ancienne, qu'il osait à peine toucher tant il la sentait fragile, et terrifiante à la fois.
Etait-ce un rêve ? Jean prit sa tête entre ses deux mains, et la serra, comme pour s'assurer que tout cela était bien réel.
Sans plus attendre, il ouvrit la première enveloppe, et trouva ce courrier :
« Jean, notre famille descend d'un homme, Jean-Baptiste, dont le destin extraordinaire bouleverse encore notre lignée. Le sang royal coule en nos veines, illégitimement, diront certains. Fièrement, le pensons-nous. Car tu peux en être fier, Jean ; cet homme, né de l'union d’un sang royal et d’un amour illégitime, a laissé sa trace dans l'Histoire. Tu en trouveras facilement quelques récits. Tout du moins, ce qu'il a bien voulu en dévoiler... Car c'est l'homme du mystère. Mystère de l'origine, qu'il a tenu cachée, pour mieux la préserver. Mystère surtout, car, ayant survécu à une terrible bataille, la suite de sa vie fut bouleversée par la découverte d'un secret dont notre famille doit rester garante.
Dans la région, il fut connu sous le nom de Frère Jean-Baptiste. Mais son premier nom fut Antoine de Bourbon, comte de Moret...
Tu ne trouveras pas trace de sa descendance. Jamais personne n'en sut mot. Pour mieux nous préserver, sans doute, et laisser penser que le secret s'était éteint avec lui...
Jean, nous devons préserver le secret dont il fut dépositaire, sans chercher à nous l'approprier, car il est dangereux. Juste être garant que jamais personne ne fera la découverte qu'il a faite un jour, et des ravages que cela pourrait produire. Cet homme était bon, droit, loyal, noble. Nous devons, à sa suite, respecter le mystère et protéger le secret. Pour lui, pour la grandeur de ce qu'il a fait, pour l'honneur de notre nom. Et surtout, pour ce qui arriverait si certains mettaient la main sur l'enveloppe que tu détiens. Préserve-la bien. Tu la transmettras à ton tour à ton fils, ou petit-fils, l'aîné. C'est ainsi qu'il a été décidé par Jean-Baptiste.
Il est un lieu où j'aime aller, quand le secret se fait trop lourd pour moi : au prieuré où il vécut, comme Frère, et qui porte le nom de la seule femme qu'il aima... tu sais, pas très loin de chez moi. Là où il retrouva un jour son fils pour lui avouer qu'il avait survécu à la bataille où beaucoup le crurent mort. Là où il lui confia le secret qu'il nous faut désormais protéger. Tu pourras toi aussi t'y recueillir, quand tu en auras besoin. Sois fort, Jean. Mais je sais que tu le seras ».
Deux minutes, plus tard, Jean démarrait sa voiture, incapable de réfléchir, à peine habillé, le ventre vide... Tout juste capable de se rendre à cet endroit qu'il connaît bien... Il n'avait jamais trop compris pourquoi cette vieille chapelle l'attirait chaque fois qu'il passait devant pour aller voir son grand père à Montreuil-Bellay. Maintenant, aussi mystérieux que cela puisse paraître, cela devenait une évidence.

A suivre
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Chapitre IV : L’ermite des Gardelles

Jean ne savait plus combien de temps il était resté sur place. Il avait erré, ensuite, au volant de sa voiture, sur ces routes des campagnes montreuillaises qu'il connaissait si bien. Ce n'est qu'à dix-sept heures qu'il regagna son appartement angevin qu'il louait depuis quelques mois.
Depuis qu'il avait trouvé ce travail comme documentaliste aux Archives départementales.
Jean était un passionné d'Histoire et des vieux documents. C'était d'ailleurs une maladie familiale : son père, mort alors qu’il était encore enfant, était un historien connu. Son grand-père, instituteur, s'était toujours passionné pour les faits d'Histoire locale, et avait même joué un rôle important à certaines heures tragiques de la ville de Montreuil. Jean en était fier, et avait toujours eu beaucoup d'admiration pour son grand-père, pour ce qu'il avait fait, et, surtout, pour la sagesse qu'il retirait des pages d'Histoire qu'il avait traversées. Désormais, au regard de ce qu'il vient d'apprendre, il voyait tout cela sous un nouveau jour.
Dans sa hâte à partir le matin, il avait laissé sur sa table les précieux documents reçus le matin, et, en constatant cette négligence, il sentit sa gorge se nouer. Tout cela lui parut soudain trop lourd pour ses épaules de jeune homme, tout juste âgé de vingt-cinq ans. N'avait-il pas plutôt l'âge de s'amuser, et de penser à sa vie débutante ? Allait-il être à la hauteur de la tâche qui l’attendait ?
Mais il n'était pas dans son caractère de se laisser aller au découragement. Son escapade à la chapelle avait excité sa curiosité, et, surtout, l'envie d'apprendre à connaître ce Frère Jean-Baptiste...
Il alluma l'ordinateur, et, sachant que de longues heures de recherches s'ouvraient devant lui, prit le temps de se préparer un sandwich avec ce qui restait dans son frigo.
Il partit alors à l'assaut des informations qu'Internet voudrait bien lui donner, et dont il chercherait à vérifier la fiabilité.
Qui es-tu, Jean-Baptiste ? De qui es-tu donc le fils ? Quelle bataille t'a laissé pour mort, et par quel miracle y as-tu survécu ? Et quel est donc ce terrible secret que tu nous demandes de préserver depuis plus de trois siècles ?
Les informations ne tardèrent pas à arriver, et Jean fut tout exalté par ce qu'il découvrait. Lui qui, patiemment, déjà, avait poussé ses recherches généalogiques jusqu'avant la Révolution, bouillait littéralement de curiosité et d'enthousiasme en découvrant ainsi dans son ascendance un tel mystère, et une telle destinée...
Cet aïeul, dont Jean se sentait déjà si proche, se révéla être le fils illégitime d'Henri IV ! Né en 1606, de Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, l'une des maîtresses du « Vert-Galant », il grandit en Béarn, et devint un beau et brillant cavalier qui ressemblait à Henri IV.
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Chapitre V : Rènnas del Castèl

En quelques minutes, Jean avait regagné la coquette maison de son grand-père dans les faubourgs de Montreuil-Bellay.
Outre les vues magnifiques sur le Thouet, les Nobis et le château, cette maison présentait l'avantage d'être très proche des deux lieux où le Frère Jean-Baptiste avait passé la fin de sa vie. C'était probablement pour ça que son grand-père s'était installé ici. A la lumière de tout ce qu'il venait d'apprendre depuis quarante-huit heures, Jean mesura qu'il lui serait difficile dorénavant de se résoudre à se séparer de cette demeure familiale que ses cousins et lui avaient pourtant commencé à vider en vue de sa vente.
Il s'installa dans l'unique fauteuil club laissé dans le salon. S'assurant que la live-box n'avait pas été débranchée, Jean y connecta son portable. Il ne savait trop par où commencer... Tant d'informations à vérifier. Chaque page qu'il ouvrait l'entraînait, au fil des liens, dans les méandres de la toile où il découvrait l'univers des passionnés de Rennes-le-Château. Mais rien sur la piste de l'Anjou. Ce Mazet semblait avoir gardé ses conclusions pour lui.
Alors, pourquoi s'en était-il ouvert aussi spontanément et rapidement à l'inconnu qu'il était, en l'abordant dans une église, songeait Jean dubitatif ? Habitué qu'il était à transcrire et décrypter les calligraphies anciennes, il resta cependant perplexe devant les multiples interprétations générées par chaque signe, chaque lettre, chaque pierre gravée...
Il avait hâte de revoir Mazet pour enfin démêler l'écheveau des liens confus qui avaient amené le Comte de Moret en Anjou. Et par là même, mieux appréhender la teneur du lourd secret dont il était maintenant le seul dépositaire.
La fatigue accumulée l'emportant sur l'excitation et l'impatience, il ferma les yeux et s'endormit dans le salon devant l'écran de veille de son portable.

15 juillet
Devant son bol fumant, Jean songeait encore à son étrange rencontre de la veille.
Curieux type que ce Mazet. Le côté décontracté et sportif du baroudeur, portant bien sa quarantaine avenante. Avec l'érudition d'un rat de bibliothèque. La curieuse impression aussi que le bonhomme avançait ses pions méthodiquement en ne livrant que ce qu'il avait choisi traverse soudain l'esprit de Jean.
Qu’allait-il apprendre aujourd'hui sur son noble aïeul ? C'est donc avec un bon quart d'heure d'avance que Jean se gara devant le restaurant de Montreuil où Mazet l'attendait déjà...
Jean songea soudain à cette valeur de ponctualité que lui avait transmis son grand-père : « la politesse des rois »… Encore des paroles qui prenaient un sens nouveau.
- Bonjour Jean. Alors, bien dormi ? Pas trop impatient d'apprendre la suite ?
- Si ! tu penses ! J'ai rêvé toute la nuit de Templiers et d'Arche d'Alliance...
- Tu vas voir, tu ne seras pas déçu par le lieu où je vais t'amener cet après-midi ! Où en étais-je resté, hier, dans mes explications ?
- Tu parlais de la trace du trésor de Rennes-le-Château en Anjou.
- Ah oui, c'est vrai. Comme je te le disais, j'ai imaginé que, par l'intermédiaire du Roi René, une partie de ce trésor aurait pu être amenée en Anjou. J'ai donc étudié avec un œil neuf les indices laissés par l'abbé Saunière. Une pierre gravée de Rennes-le-Château, la fameuse dalle de la Dame de Blanchefort cristallise toutes les interprétations les plus variées depuis qu'on sait que l'Abbé a fait buriner les inscriptions qui la recouvraient...
- Oui, j'ai vu une reproduction de cette pierre tombale sur le Net, hier soir. Mais cette dalle, elle est bien postérieure à l'époque des Templiers ?
- Certes ! Mais cette marquise, morte en 1781, est issue de la descendance directe du Grand Maître de l'Ordre du Temple, Bertrand de Blanquefort... On peut donc penser que le secret a pu se transmettre en ligne directe jusqu'à elle. Jusqu'à présent, on n'a interprété cette dalle qu'à la lumière des lieux qui entourent Rennes-le-Château.
Tout d'abord, cette inscription : PS... Depuis longtemps, une des interprétations possibles est qu'elle pourrait désigner le Prieuré de Sion (dont le Roi René fut le Grand Maître). Il y a ensuite la phrase : « Et in arcadia ego » qu'on a souvent associée à la commune d'Arques, près de Rennes... Tu vas voir plus tard qu'on peut l'appliquer à l'endroit où je vais t'amener tout à l'heure.
Prenons maintenant les quatre mots REDDIS REGIS CELLIS ARCIS.
- Oui, Reddis, désigne Rennes, c'est bien cela ?
- On l'a en effet toujours cru ! Mais en latin, ça signifie : rendre, offrir, retourner à... REGIS signifie roi, et l'araignée gravée en bas de la dalle peut signifier « a régné ». J'ai maintes fois remarqué que les cryptographes d'antan savaient manier l'humour et les jeux de mots. CELLIS signifie cave en latin, et ARCIS, citadelle ... mais aussi peut être Arche, Arc, Arceau…
- Le rapport avec l'Anjou ??
- Regarde : un roi (le Roi René !) a RENDU ou OFFERT à la CAVE de.... mais je ne t'en dis pas plus, tu verras toi même sur la carte I.G.N. tout à l'heure !
- Décidément, tu ramènes tout au Roi René...
- C'est qu'il est un personnage capital de son siècle, grand prince, protecteur des Arts et initié... Tu dois connaître son poème le Cuer d'Amour espris ?
- Tu penses ! Un chef d'œuvre qu'on vient d'exposer au château d'Angers pour le six-centenaire de sa naissance en 2009...
- Tu as dû y voir cette énigmatique illustration de Van Eyck : La fontaine de Fortune ?
- Bien sûr ! Elle est l'illustration centrale du texte et on y a cherché un message caché. On l'interprète comme une allusion à la fontaine d'Arphays, l'endroit où fut assassiné Dagobert. Le Prieuré de Sion étant un Ordre fondé pour rétablir la descendance de la Dynastie mérovingienne sur le trône, ça se tient...
- Mouais... Moi j'en fais une lecture beaucoup plus directe et prosaïque ! Il y a effectivement un sens caché dans ce tableau... et il nous conduit tout droit au trésor !
- Ah bon ?
- Oui ! Réfléchis, une fontaine...
- Des fontaines il en a des centaines en Maine et Loire !!
- Oui, mais pas des centaines dans les noms de communes...
- Non, en effet, Fontaine-Guérin, Fontaine-Milon...
- Non, beaucoup plus près d'ici...
Jean se frappe soudain le front.
- Mais oui, suis-je bête... et alors ? Cette appellation de Fontaine n'a été accolée au nom de la commune que très récemment, au XIXème Siècle, tu sais ! Et en référence à la superbe fontaine lavoir du centre ville, je crois.
- Attends, tu vas voir la suite ! Ouvrons la carte I.G.N.... Regarde, les ronds bleus désignent des points d'eau... Tu ne remarques rien ?
Jean laisse errer ses yeux sur la dizaine de ronds bleus. Rien ne semble en distinguer un plus particulièrement... Excepté pour celui qui est collé à la rocade sud. Jean explose de rire.
- Tu as vu le nom de celle-là !!! Pas vraiment ta Fontaine de Fortune... tout le contraire, plutôt !
- Détrompe-toi... Et encore une fois, n'oublie pas le sens de l'humour et de la dérision de nos aïeux. Ou leur volonté de nous égarer ! Ca fait trop de coïncidences ... Maintenant, rayonne autour de cette fontaine et regarde... A moins de 3 km au sud.
- Je vois pas...
- Si ! Regarde, là : CELLIS ARCIS... Mazet désigne du doigt un rond noir sur la carte.
- Bon sang ! Extraordinaire... Mais un peu tiré par les cheveux quand même ! rigole Jean.
- Je l'ai cru aussi. Mais quand on est un chercheur persévérant et méthodique, on se doit de vérifier toutes les pistes... Je suis donc allé explorer cette CELLIS ARCIS...
- Et alors ?
- Alors ?! Et bien, c'est coton à trouver sur place... Mais tu vas voir que mon hypothèse n'est pas si farfelue qu'elle y paraît...
- Tu veux dire que tu as trouvé le trésor ?
- Tu es bien impatient encore ! Tu es prêt à m'accompagner ? Je t'emmène... C'est à douze ou treize kilomètres tout au plus !
Jean songe que décidément, son grand-père a vécu toute sa vie au cœur de tous les lieux qu'il découvre depuis deux jours... Les rêves de trésor, à moins que ce ne soient la bonne table et les vins de la Grange à Dîme, commencent à lui tourner la tête.
- On y va ! On prend ma voiture, j'ai tout le matos... intime Mazet.
Jean reprend place dans le break pourri. Au bout de quelques kilomètres, Mazet se gare à flanc de coteau, au pied des vignobles.
- Va falloir finir à pied. On ne peut aborder la cave que par le haut du plateau.
- Dis-donc ? On n'est pas sur du tuffeau, là ? Halète Jean, moins rompu à l'exercice physique que son compagnon.
- Oui, bien vu ! La roche est calcaire, mais très dure... Ceux qui ont creusé ce plateau devaient vraiment avoir de très bonnes raisons pour se donner autant de mal. Ils voulaient probablement que leur secret soit à l'abri pour des siècles !
Au sommet, Mazet se dirige vers un taillis de broussailles qui semble impénétrable et s'engouffre dans un sentier à peine dessiné que la végétation referme.
- Pas très fréquenté, ce coin... Comment tu te repères ?
- J'utilise le yucca. A se demander si les Templiers n'ont pas planté cette espèce exotique ramenée de Terre sainte pour nous guider vers la cache, sourit Mazet.
Au bout d'une centaine de mètres de progression délicate dans les broussailles, les deux hommes débouchent sur une plate-forme exigüe, à flanc de coteau. De là, ils dominent le Layon et aperçoivent leur voiture restée en bas. Mazet pose son sac et en sort deux casques à lampes frontales.
- Il faut vraiment entrer là-dedans ? souffle Jean en désignant l'ouverture qui se dessine dans la paroi.
- Tu vas pas me dire que tu crains les chauves-souris ? plaisante Mazet.
- Ben, tu sais, moi... je suis un peu claustro...
- Ne crains rien, tu verras, inutile d'aller très loin et d'ailleurs, ce n'est guère profond.
Mazet s'engouffre dans la cavité. A sa suite, Jean découvre d'abord une petite pièce sur la gauche qui semble avoir servi de bergerie. Il frissonne. Le monde souterrain ne l'a jamais rassuré. Ressortant de ce réduit, Mazet l'entraîne maintenant au-delà du portillon de bois, dans un couloir plus sombre. Il allume les lampes et la fraîcheur transperce Jean. On est passé en quelques minutes de l'étouffante chaleur du plateau, du crissement des cigales, à l'humidité glaciale et aux frôlements d'un ballet de chiroptères qui fait sursauter Jean. Un corridor dont l'extrémité semble se perdre dans les ténèbres, plonge brusquement sur la gauche.
- Faut descendre ? demande Jean.
- Non, rassure-toi, c'est inutile, j'ai déjà exploré. Il n'y a plus rien et c'est très casse gueule. Mais je suppose que ce couloir si long devait mener à la chambre du trésor.
- Comment peux-tu en être aussi certain ?
- Tu n'as rien remarqué en entrant ?
- Non, confesse Jean.
- Sur la pierre tombale de la Dame de Blanchefort, « Et in Arcadia ego » est écrit en deux colonnes : « Et in arc » et « adia ego » !
- Et alors ?
- Il faut lire - à dia ego - je suis à gauche, - Et in arc - et dans l'arc ! Ressortons...
A la suite de Mazet, Jean retourne explorer la voûte, à gauche en entrant, et là, il voit...
- Mais qu'est ce que c'est que ce truc ???
- La preuve que j'ai vu juste !!!
- C'est quoi ce charabia ??
- Une grille remplie de signes du code des Templiers ! Signe que cette cave qui ne ressemble à nulle autre est leur œuvre et qu'elle détient un secret.
- Mais quel secret ? Et ça signifie quoi, tous ces signes ?
- Ha, quel secret ! Vu le nom du lieu, j'ai eu l'espoir d'y trouver l'Arche d' Alliance ! Mais je pense qu'il devait s'agir d'autre chose et que cette « chose » a été déplacée...
- Pourquoi ?
- Ça, je l'ignore encore ! Mais les Templiers, où les hommes du Roi René, ont placé là ce carré pour indiquer la nouvelle cache et je bloque pour le décodage... Une fois traduits, les signes Templiers donnent un carré de lettres, grand classique de l'antiquité et que l'on retrouve curieusement gravé dans le château du Roi René à Tarascon (encore une coïncidence !). Laisse-moi te parler maintenant des derniers signes de la dalle de Blanchefort. Les lettres PS, qu'on associe volontiers au Prieuré de Sion peuvent aussi être l'abréviation de psaume puisqu'elles sont reliées par une flèche à PRAECUM qui signifie prière... Associées aux chiffres romains du bas de la dalle (LIXLIXL ) qui donnent 51, 41 et 40, ces lettres PS m'ont amené à relire les psaumes 51 et 40 (41). J'ai d'abord remarqué que le Psaume 51 évoque la ville de Sion, confirmant que le Prieuré de Sion serait l'instigateur du déplacement du trésor en Anjou. Quant au psaume 40 ou 41, (il existe une double numérotation des psaumes selon qu'on utilise une traduction grecque ou latine de la bible ou bien la traduction hébraïque) il est très célèbre, car Jésus le cite au Cénacle lors du Jeudi Saint : « Même l'homme qui était mon ami, qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, lève le talon contre moi ». Il exprime, par là, sa profonde tristesse au moment de la trahison de Judas.
- Qu'est-ce que Judas vient faire dans tout ça ???
- Ça, c'est toi qui va me l'apprendre Jean... Puisque lorsque j'ai rendu visite à ton grand père, c'était trop tard, il ne pouvait plus parler !
L'expression du visage de Mazet est passée de la bonhommie à la haine à l'instant où il sort de sa veste une arme qu'il pointe en direction de Jean. Celui-ci, médusé, mesure en quelques secondes que toute la défiance dont il avait songé faire preuve à l'égard de Mazet était justifiée. Il comprend que l'homme l'a amené ici dans l'unique but de lui extorquer le secret qu'il ignore, mais dont il est le nouveau dépositaire... Il pense aux deux enveloppes qu'il n'a pas mises à l'abri, juste rangées dans sa serviette restée dans la maison de Montreuil. Il faut gagner du temps, Mazet a besoin de lui, vivant !
Jean n'a pas le temps de gamberger d'avantage. Un son mat venu du sommet de la voûte, une expression de stupeur sur le visage de Mazet, une tache rouge qui explose sur son front puis son corps qui s'affaisse mollement dans un froissement de feuilles. Tout n'a duré qu'une fraction de seconde, sans que Jean ait eu le temps de pousser un cri. Une silhouette souple et longiligne tombe du plateau, s'agenouille aux pieds de Mazet en rangeant son arme munie d'un silencieux à sa ceinture. La jeune femme brune empoche rapidement le portefeuille, les clés et le portable de Mazet et se relève en soufflant :
- Il a son compte... Vite, aidez-moi à transporter le corps.
Comme un automate, Jean s'exécute et prends le corps de Mazet sous les aisselles tandis que la fille le saisit par les pieds, conduisant l'équipage irréel vers la cavité... Arrivée à la hauteur du corridor qui plonge dans les entrailles de la terre, elle murmure :
- On va le balancer en bas, d'ici à ce qu'on le retrouve là-dedans, il coulera pas mal d'eau sous les ponts.
Joignant le geste à la parole, la fille imprime un mouvement de balancier au cadavre en comptant, un, deux et trois... A l'unisson, la fille et lui lâchent le corps que Jean regarde rouler et glisser vertigineusement dans la fange avant de disparaître dans le sombre toboggan. Jean s'écroule alors en sanglotant nerveusement, tentant de dévisager la fille brune dont il n'entrevoit que la silhouette dans le contre-jour. Il réalise peu à peu l'absurdité et l'horreur de la situation dans laquelle il s'est fourré malgré lui.
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Re: Mini-roman librement adapté...

Message par Alhellas »

J'ai commencé la lecture de cette histoire, ma foi bien écrite. Le premier chapitre m'a fait penser à un épisode de Jacques Legall : " Le secret des Templiers"...
Merci du partage Kronos !
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Kronos
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Re: Mini-roman librement adapté...

Message par Kronos »

Chapitre VI : Rencontre avec un ange

Jean ressort de l'antre terrestre, et s'assoit pour tenter de reprendre ses esprits. Encore secoué par ce qui vient de se passer, il parvient malgré tout à bredouiller :
- Sans vous, je ne sais comment tout ceci aurait fini....
- Je ne sais pas bien pour quelle raison il s'intéressait à vous, mais certainement une bonne à ses yeux, pour qu'il prenne ce risque fou de se faire démasquer....
- Ce n'est pas qu'il me trouvait beau ? plaisante Jean, presque machinalement et sans grande conviction.
La jeune femme réprime difficilement un sourire, et Jean remarque tout de suite la délicieuse fossette prête à creuser sa joue.
- Vous ne devriez pas plaisanter... Je ne sais quel est votre secret, mais je ne peux que vous conseiller de faire attention... Ils ne vont sans doute pas en rester là...
- Ils ? s’étonne Jean. Mais de qui parlez-vous... Je ne comprends rien !
- C'est une longue histoire... En dehors de laquelle, sans doute, vous devriez rester... Mais j'ai bien peur que vous ne soyez déjà très impliqué dedans, ajoute-t-elle, assombrie.
- J'aimerais bien savoir ! s'indigne Jean. J'ai failli me faire tuer par un fou-furieux, j'ai été miraculeusement tiré d'affaire par une ravissante jeune femme sortie de nulle-part, qui me fait comprendre maintenant que je cours un danger... Je suis assez curieux de savoir comment va se dérouler la suite de mes congés d'été !!!
- Je ne sais s'il est bon que vous en sachiez plus... Je dois y aller.... Tenez, si vraiment vous voulez en apprendre d'avantage... Mais je vous assure, prenez garde...
Elle lui tend un papier sur lequel elle vient de griffonner, hâtivement, quelques lettres et chiffres.
- Vous savez où est né Vauban ? Rendez-vous au point commun cet après-midi, à 17 heures.
- Euh... il me semble que ce n'est pas tout près... Vous partez là-bas ? s'enquiert Jean, perplexe.
La jeune femme, amusée, ne répond pas, mais son regard pétillant traduit le plaisir à semer le mystère. Elle s'éloigne, sans un mot.
- Dites-moi au moins votre nom ! Que je sache à qui je dois d'être encore en vie !
- Je m'appelle Ange-Lisa Teredelpech, mais vous pouvez m'appeler Lisa...
Puis se retournant :
- Pensez à vous débarrasser de la voiture. Voici les clés, moi, je garde le portefeuille.
Puis, plus doucement :
- Nous sommes liés par un secret, désormais...
Elle disparaît bientôt, aussi furtivement qu'elle était apparue, laissant Jean abasourdi par tous ces évènements.
Il pose alors ses yeux sur le bout de papier :
 ALT 52 57 49 50 49
Une première lecture l'amène à quelques suppositions :
Cette suite de chiffre ressemble fort à un numéro de téléphone. Peu commun, il est vrai... Et les lettres.... Ses initiales sans doute. N'a-t-elle pas dit s'appeler Ange-Lisa Teredelpech ?
Mais qu'en est-il de cette mystérieuse phrase :
- Vous savez où est né Vauban ? Rendez-vous au point commun.
Jean croit se rappeler que Vauban était Bourguignon.... Il lui faut rentrer au plus vite, pour éclaircir ce mystère....
Jean s'inquiète alors de la voiture... Que va-t-il bien pouvoir en faire ?
Pour le moment, elle va lui servir à rentrer, mais il ne peut la garder.... La jeter dans le Thouet, lui semble la meilleure solution…
Les mots prononcés par Christophe tournent en boucle dans la tête du jeune homme :
- Ça c'est toi qui va me l'apprendre Jean... Puisque lorsque j'ai rendu visite à ton grand père, c'était trop tard, il ne pouvait plus parler !
Jean repense alors aux terribles heures qu’a dû traverser son grand-père, condamné au mutisme par son accident vasculaire, recevant la visite du chercheur de trésor, comprenant ainsi le lourd héritage qu’il transmettait à son petit-fils. Les yeux de Jean s’embrument ; il se reproche amèrement de n’être pas retourné voir son grand-père, de l’avoir laissé seul dans cette angoisse…
Une profonde colère le saisit alors :
- C’est pas juste, grand-père, pourquoi as-tu attendu pour me dire tout cela ? Pourquoi ne t’es-tu pas confié, depuis longtemps déjà, puisque tu savais qu’un jour je partagerais ce secret ? On aurait été plus forts, à deux… Tu ne me faisais pas confiance ? Moi, je suis là comme un con, maintenant, dans une situation que je ne comprends pas, et seul, tellement seul…
De colère, il donne un coup de pied violent dans l’arbuste tout près de lui qui vient s’affaisser à côté de l’entrée de la cave. Son regard se posant à nouveau sur la mystérieuse inscription lui fait reprendre ses esprits, regarder sa montre, et prendre conscience de l’urgence de rentrer pour tenter de retrouver l’unique personne pouvant peut-être encore l’aider : l’énigmatique Lisa, qui vient sans doute de lui sauver la vie…
En d’autres circonstances, il aurait été sensible au charme de la jeune femme, l’esquisse de son sourire, son visage mat aux traits réguliers, l’expression de son regard, sa silhouette svelte et féminine. Pour l'heure, c’est surtout le sang-froid et le professionnalisme de son geste qui l’ont fasciné et inquiété tout en même temps.
Jean, quittant l'inquiétante cave, redescend jusqu’au break de Mazet.
Une rapide inspection de la voiture ne lui permet pas d’en connaître plus sur la mystérieuse identité de son agresseur, qu’il a eu la folie de suivre jusqu’ici… Il démarre, se rend machinalement là où son grand-père allait pêcher, sur cette berge tranquille du Thouet où Jean sait l’eau profonde. Pressé de se débarrasser du véhicule, il desserre le frein à main, et donne l’impulsion nécessaire au plongeon sourd et massif du break.
Il est 15h30, et il reste bien peu de temps à Jean pour identifier l’endroit du rendez-vous… Empoignant le téléphone, il compose l’improbable numéro, en espérant tomber sur une messagerie lui donnant quelque indice…
- Bonjour, ce numéro n'est pas attribué. Veuillez consulter l'annuaire ou le centre de renseignements.
L’ultime espoir de Jean réside désormais dans son unique compagnon d’aventure : Internet… qui ne tarde pas à lui confirmer ce qu’il pensait : Vauban est né dans l'Yonne ! Cela fait trop loin pour un lieu de rendez-vous ! Où l’attend donc Lisa, et pourquoi ce mystère ?
Jean pianote sur son ordinateur, à cours d'idées, et pourtant bien décidé à retrouver cette femme qui peut l'aider à en savoir plus... Il décortique chaque information trouvée sur la naissance de Vauban, sans y voir le moindre point commun avec sa terre d’Anjou...
Désappointé, ses yeux se posent alors sur son ordinateur, comme une ultime tentative pour percer ce ténébreux mystère... C'est alors qu'il comprend ! Mais oui ! Des initiales, peut-être, mais pas seulement !
Exalté, Jean voit apparaître petit à petit sur l'écran le message contenu sur ce papier griffonné ! En quelques clics, recoupant les différentes informations qu’il a désormais en sa possession, il découvre le lieu exact où la jeune femme mystérieuse l’attend... Il est déjà 16h30... Jean a tout juste le temps de s'y rendre pour espérer être à l'heure au rendez-vous. La ponctualité est pour lui comme un principe, et aujourd'hui plus que jamais...
- Vous êtes d’une ponctualité étonnante, entend-il derrière lui.
- Je n’envisage pas une seconde d’être en retard… et encore moins quand j’ai rendez-vous avec une mystérieuse inconnue au milieu des bois ! lance Jean, soulagé d’avoir retrouvé la jeune femme.
- Dites, vous utilisez souvent les messages codés et les énigmes ?
Elle sourit, assez satisfaite.
- Ne m’en veuillez pas. J’avais besoin d’être sûre de votre perspicacité, et de votre résolution à en savoir plus… Je viens quand même de tuer un homme, et je ne connais pas celui qui s’est trouvé être mon complice. Personne ne vous a vu pour la voiture ?
- Il vaudrait mieux pour moi que non. Lisa, j’ai mille questions à vous poser.
- Je me doute, oui… Sans doute saurai-je répondre à certaines… Mais... Je peux vous appeler Jean ?
- Volontiers.
- Alors, Jean, je me dois de vous redire que cela vous fera courir un danger…
Jean éclate de rire :
- Il me semble que c’est déjà le cas, non ? Mais si je suis dans votre camp, c’est déjà un bon atout pour moi ! dit-il, moqueur.
Lisa se contente de sourire doucement, et Jean comprend par son silence qu’elle est prête à lui révéler ce qu’elle sait.
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