(livre) La bande dessinée au pied du mot

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(livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par freric » 27 juil. 2013, 22:35

Ce n'est pas un livre consacré à 100% à l'oeuvre de Jacobs. Toutefois le troisième chapitre de ce livre "De l'espace réduit au temps compté: l'oeuvre de E.P. JACOBS", l'auteur Serge Tisseron répond à la question que l'on peut lire au dos : "A quelles angoisses Jacobs s'affronte-t-il dans les aventures de Blake et Mortimer?

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Auteur : Serge Tisseron
Couverture : Ted Benoit
Thème:Histoire de l'art & Essais
Editions : Aubier
Parution: 26/03/1990
Depôt Légal : Mars 1990
Dimensions : 13.5x22x1.5 cm.
Pagination : 166 pages.
Prix de vente : 13,80 € (89,00 FF lors de la parution.)
ISBN : 2-7007-2827-0
EAN: 9782700728279
toujours disponible .



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Le site de l'auteur, où il présente son livre.

Table des matières :

P.09 : introduction.
P.13 : L'image en question: Guy Vidal et Alain Bigon, tout le monde aime le printemps.
P.19 : Le triomphe de la méduse : Enki Bilal, la femme piège.
P.28 : De l'espace réduit au temps compté: l'oeuvre de E.P. Jacobs.
P.51 : La merveilleuse équivalence des choses : Frank margerin, lulu s'maque.
P.63 : La musique des images : Loustal et Paringaux, Barney et la note bleue.
P.72 : Le mythogramme retrouvé : Edmond Baudouin, la peau de lézard.
P.82 : La danse macabre.
P.89 : Le discours intérieur de Milou à Snoopy.
P.92 : Les objets touchés par l'inconscient : Gaston, de Franquin.
P.101 : L'impérieuse brûlure du corps à corps : Olivier Taffin, de Orn à Allaïve.
P.111 : A l'ombre des jeunes filles en rut, ou le dogme de l'immaculée salope : Manara, le déclic, le parfum de l'invisible.
P.127 : La sexualité réprimée et triomphante : Loisel et Le Tendre, la Quête de l'oiseau du temps.
P.145 : Conclusion.
P.158 : Annexe : Bande Dessinée et apprentissages scolaires.
P.169 : Remerciements.


Le forum remercie l'auteur, Serge Tisseron, et l'éditeur, les Edition Aubier Flammarion, qui ont acceptés de donner leurs autorisations de reproduction du chapitre "De l'espace réduit au temps compté: l'oeuvre de E.P. JACOBS", et qui est valable pour la reproduction de ce texte sur le forum.
Voici le chapitre...
DE L'ESPACE REDUIT AU TEMPS COMPTE

Par Serge Tisseron

J’étais, enfant, terriblement angoissé par les aventures de Blake et Mortimer (1). Alors que les histoires imaginées par Hergé restaient toujours dans le domaine des performances humainement imaginables, celles de E.P. JACOBS me projetaient dans des mondes terrifiants auxquels la précision de son trait conférait pourtant la certitude de l’actualité : un empereur grimaçant qui menace de déclencher un bombardement atomique du monde ; un criminel mystérieux et invulnérable qui terrorise une ville entière ; un engin à remonter le temps savamment déréglé ; Mortimer projeté dans la nuit préhistorique ; puis dans un monde robotisé où il est impossible de mentir (vision terrifiante, et plus encore pour un enfant), et combien d’autres ! N’imaginerait-on pas aujourd’hui Olrik (2) louer ses services à une puissance fanatique et affronter ses ennemis de toujours, Blake et Mortimer, chargés par Scotland Yard de la protection de quelque intellectuel menacé?

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Mais l’art de Jacobs, avec sa précision photographique, ne me renvoyait pas seulement à l’actualité internationale ou cette mythique « dernière guerre » dont mes parents me parlaient parfois. Son style précis joint au caractère souvent fantastique de ses aventures donnait une objectivité indiscutable à mes rêveries d’enfants les plus secrètes, c’est-à-dire les plus violentes, les plus glorieuses... ou les plus honteuses. Ne m’identifiais-je pas par exemple au génial Septimus qui décide de punir et d’humilier ceux qui n’ont pas cru en sa découverte ? Et tout comme Jacobs lui-même, j’éprouvais pour le personnage d’Olrik, violent et froid, une terreur mêlée de fascination. Voilà bien, finalement, ce qui m’enchaînait à ces lectures où le cauchemar croise sans cesse le rêve : Jacobs me révélait qu’il n’y a pas de terreur sans fascination, pas d’angoisse devant l’inconnu sans une secrète familiarité avec lui.
Aujourd’hui, en relisant cette œuvre, je suis frappé par la façon dont il s’agit toujours, pour les héros, d’y trouver une issue : grottes qu’un éboulement a obturées, passages murés, retraites coupées... Mais aussi temps compté, échéances terrifiantes... Partout et toujours, s’impose la nécessité d’aller vite, de trouver la faille qui permettra de s’échapper, vers un espace ou un temps enfin ouvert, accessible, humain.
La différence, s’impose ici avec Tintin. Le jeune reporter est lui aussi souvent pressé, mais, à la différence de Blake et Mortimer, il est rarement « enfermé ». Entendons par là que, lorsqu’il est contraint par le temps, comme à la fin du Sceptre d’Ottokar, l’espace naturel lui offre un accueil rassurant. Menacé par la durée, Tintin se retrouve dans la géographie : les oiseaux chantent, un écureuil, un sanglier ou un cerf traversent l’image, la nuit étoilée offre son abri au voyageur traqué, etc. Chez Hergé la nature est toujours consolatrice, voire salvatrice. A la fin du Temple du Soleil, c’est une éclipse qui permet à Tintin et à ses amis d’échapper au bûcher. Et à la fin de l’Alph-Art, lorsque Tintin attends dans sa prison l’aube où il sera exécuté, il rêve d’un oiseau chantant sur une branche au lever du soleil (3). Plus que l’influence de Benjamin Rabier - dont Hergé a dit la place qu’elle avait eue pour lui - c’est sans doute à la période scoute de l’auteur qu’il convient de rapporter cette particularité. Quel que soit le mal, qui habite le monde, la nature reste préservée du péché, innocente et consolatrice. Au contraire, chez Jacobs, la création est partout entraînée par l’homme dans sa chute. Et l’homme enfermé et cherchant désespérément à se sauver, déclenche catastrophe sur catastrophe en tentant de maîtriser le monde qui l’entoure. Dans le Piège diabolique, le cataclysme nucléaire puis l’asservissement généralisé des humains dans la société future amènent à se demander si ce n’est pas finalement, le progrès scientifique que le titre désigne... Mon but n’est pas ici de m'intéresser sur les racines - personnelles, sociales, historiques - d’une telle vision, mais de montrer comment tout, dans cette œuvre, contribue à la communiquer à son lecteur, et seulement à travers la figure noire d’Olrik, l’ange déchu.
Tout d’abord, Jacobs est l’homme de souricières. Non seulement, l’enfermement y menace de toute part, mais il est toujours impossible d’éviter que la porte du piège ne se referme : dans les caves de la Bove, les étais de bois posés par Mortimer pour maintenir ouverte derrière lui une lourde porte de pierre sont sans effets. Est-il nécessaire de souligner que, dans Hergé, Tintin oublierait de bloquer la porte et elle se refermerait ; ou bien il la bloquerait et elle resterait ouverte ? Gérard Lenne, parlant du goût de Jacobs pour les souterrains - la plupart de ses aventures se déroulent en effet dans les profondeurs de cryptes ou de grottes - rappelle que l’auteur tomba, à l’âge de deux ans et demi, dans un puits où il macéra d’angoissants instants avant d’en être sauvé (4). Ce rapprochement ne saurait pour autant nous dispenser de comprendre comment le monde de Jacobs, quand il ne met pas en scène ces fameux espaces clos, continue à témoigner des même inquiétudes ; ni non plus d’envisager comment une grande partie de la force de son oeuvre vient de la manière dont il parvient à en communiquer les angoisses à son lecteur.



On l’a dit : de l’angoisse d’être enterré vivant, ou pire encore, noyé, chacun des albums de Jacobs témoigne. Et sa mise en scène est même à l’origine de quelques-unes des plus extraordinaires séquences imaginées par l’auteur : la montée des vapeurs mortelles dans les grottes de L’Enigme de l’Atlantide ; l’épisode guerrier final dans l’île de l’Espadon ; l’exploration de la Grande Pyramide...
Pourtant, on voit déjà qu’entre l’expérience de l’enfant tombé dans un puits et les mises en scène de l’adulte dessinateur qu’il est devenu, le lien n’est pas direct. Le supplice infligé par Olrik au bijoutier Duranton dans l’Affaire du Collier - celui d’une noyade progressive - en est plus proche. Mais cette situation concerne un personnage secondaire qui n’apparaît nulle part ailleurs ; et elle est présentée par Olrik comme une menace pour obliger le bijoutier à parler et non comme une catastrophe inévitable (le problème de savoir si le jeune Jacobs n’aurait pas vécu sa chute et son séjour aquatique comme une punition pour quelque faute obscure reste ici ouvert...). Par contre, il est certain que ce séjour dans l’eau assigne un souvenir vécu à une angoisse qu’il est possible d’éprouver indépendamment de tout accident semblable : angoisse d’un corps entouré, enserré et oppressé, soumis à la double tyrannie d’un espace rétréci et d’un temps compté. Mais aussi angoisse de n’être plus supporté par rien, de ne plus pouvoir se raccrocher à rien... Angoisse du noyé autour de qui tout n’est que flottement, dislocation, règne de l’informel et de l'indifférencié. Une angoisse enfin qui trouve ses images premières dans les espaces clos (qui rappellent en effet le fameux puits), mais tout aussi bien dans les espaces immensément vides.

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L’angoisse de se trouver soudain projeté dans un lieu totalement inconnu - ou à l’aube de l’humanité - rejoint celle de l’enterré vivant la même appréhension d’une discontinuité totale. Et le piège imaginé par Miloch (5) qui précipite Mortimer dans la nuit des temps est bien plus terrifiant qu’un simple trou d’eau ! Ainsi lorsque l’espace jacobsien n’est pas clos sur quelque danger précis, il devient béant à tous les risques. D’ailleurs, les images des personnages dans un environnement vaste correspondent souvent à la mise en scène d’une menace pesant sur eux, par exemple sous la forme d’une observation par leur ennemis ; à moins qu’elles ne précèdent leur disparition dans quelque abri souterrain d’où l’on peut mesurer, par comparaison, le danger, qu’ils couraient auparavant... comme dans plusieurs séquences du Secret de l’Espadon.
Surtout, Jacobs ne se contente pas de faire de ses éventuels souvenirs et terreurs passés la toile de fond de ses aventures. Il sait organiser les moyens d’en communiquer les affres à ses lecteurs. Ses dessins se pressent en petites notes rapides, fiévreuses, stridentes. Et ses personnages affichent constamment la vigueur, la tension, le mouvement... Quant aux deux héros qui semblent condamnés à tenter de s’opposer à l’irruption dévastatrice du chaos par une agitation incessante, ils portent des noms pour le moins ambigus. L’un - Blake - résonne comme le mot anglais pour désigner ce qui est noir et menaçant ; et l’autre - Mortimer - évoque en français « mort », « tue » et « meurs » ; et en anglais l’expression « more time », autrement dit « plus de temps » tandis que celui de leur ennemi mortel paraît cyniquement calqué sur l’expression anglaise « All right », c’est à dire « tout va bien » !
La comparaison de ce style avec celui d’Enki Bilal va nous permettre de mieux cerner les caractéristiques.

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Les machines et les divinités, qui font chacune à leur façon partie du monde non humain, imitent si bien l’homme chez Bilal - comme d’ailleurs l’androïde à l’image de Mortimer dans les Trois Formules du Professeur Sato - qu’il n’est plus possible de se reconnaître dans son semblable. Et à l’enterrement physique du héros chez Jacobs correspond chez celui-ci son enterrement psychique, l’homme dominé dans son propre corps par un dieu qui le dirige, comme dans la Foire aux Immortels ou la femme piège. Que ce dernier album porte un titre proche de celui où beaucoup de lecteurs voient le chef-d’œuvre de Jacobs - Le Piège diabolique - souligne d’ailleurs la convergence de ces deux univers. Chacun de ces auteurs construit un monde marqué par l’angoisse de l’instabilité, de l’inconsistance et de la mort et par sa fascination. Un monde qui témoigne d’une attirance partagée pour la civilisation de l’ancienne Egypte, pour ses rites et pour ses Dieux. C’est qu’aucun peuple ne s’est montré plus préoccupé par la mort que l’Egyptien, au point de se construire de gigantesques défenses contre elle : sarcophages à l'effigie du disparu, science de l’embaumement, mythes de résurrection, art des pyramides, ces tombeaux destinés à traverser les millénaires...
Et ce n’est pas un hasard si les fleurs sont également absentes de la graphie de ces deux auteurs ; exception faite de SOS météores, de E.P. Jacobs, mais il s’agit de fleurs carnivores ! Quoi de plus éphémères en effet qu’une fleur dont la mort est déjà inscrite dans l’épanouissement même?
Jacobs, lui, réagit à ces inquiétudes en mettant ses héros en demeure de tout contrôler, y compris le temps. Ses albums se terminent souvent sur la nécessité d’un contrôle rigoureux de la durée. L’ultimatum y est chose courante : dans le Secret de l’Espadon, Mortimer doit terminer dans la précipitation les deux premiers prototypes d’un nouvel avion ; dans SOS Météores, il faut occuper le repère de Troussalet le plus vite possible ; dans L‘Enigme de l’Atlantide, les Atlantes ne doivent leur salut qu’à précipiter leur départ : et dans les Trois Formules du Professeur Sato, Olrik soumet l’assistant de celui-ci à construire un, puis plusieurs humanoïdes à l’effigie de Mortimer en un temps record. D’ailleurs, l’album le plus étonnant de cet auteur - Le Piège diabolique - est tout simplement organisé autour d’un voyage accéléré dans le temps à l’aide d’une machine dont la première et troisième vitesse ont été inversées!
Ainsi, chez Bilal comme chez Jacobs, l’angoisse majeure qu’inspire leur œuvre paraît bien être celle de perdre tout contact avec l’humain. Ce dont témoignent à la fois l’isolement fréquent du héros dans un monde hostile et les visions dramatiques d’un avenir orienté vers une dictature de la science désincarnée. Et chez tous deux, le Beau s’oppose au néant bien plus qu’à la laideur. Mais alors que c’est l’accélération qui semble pouvoir assurer la survie chez Jacobs, c’est au contraire le ralentissement qui prime chez Bilal. Et au lieu de l’agitation du héros, c’est bien souvent sa peur, sa lâcheté, sa sidération, voire sa pure attente qui sont figurées, sentiments passifs plutôt qu’actifs et qui donnent à son monde l’impression d’être figé dans une attente infinie.
A vrai dire, Bilal semble préférer au contrôle la pratique systématique de la confusion. Pour ses personnages, non seulement le temps n’est jamais compté, mais il semble même être fait d’une matière élastique : les dieux éternels mêlent leurs problèmes à ceux des humains ; les congélations bouleversent l’ordre des générations, donnant aux enfants et aux parents le même âge et le même aspect ; le recours au procédé du rêve permet de terminer l’histoire en la reprenant là ou elle en était au début, etc. Ainsi le temps semble-t-il être dans ses scénarios constamment manipulé pour être annulé. Et alors que la durée est accélérée dans une attente angoissée chez Jacobs (chaque moment paraissant se rapprocher d’une échéance redoutée), elle est chez Bilal soit abolie, soit - ce qui revient au même - étirée de manière démesurée.

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E.P. Jacobs, "Le secret de l'espadon, copyright Blake et Mortimer.
"... des dessins pressés en petites notes rapides, fiévreuses, stridentes..."



La technique graphique de chacun de ces deux auteurs est bien entendu le reflet de ces préoccupations. Là où Bilal met trois à six cases dans sa page, Jacobs en accumule volontiers dix à quinze ! Et quelles cases ! Bourrées, plus encore que chez Hergé, de personnages et d’engins constellés de détails. D’ailleurs, même lorsque c’est dans l’infini que le héros se déplacent, leur appareil occupe le plus souvent toute l’espace de la case. De même, l’importante figuration des affrontements armées, avec son grouillement de corps, impose moins une mythologie guerrière qu’une impression de trop plein. Comme si tout y manquait d’espace, les personnages dans les vignettes, les cases dans la page, l’aventure dans l’album... Ces histoires appellent moins les possibilités cinématographiques du fait des grands espaces où elles se déroulent que par la façon dont tout y excède de toute part les limites que le papier impose. Et on peut se demander si la manière dont Jacobs excelle dans les scènes de conflit armé ne serait pas liée à la façon dont son style rejoint le paradoxe de toute situation guerrière : concentrer un maximum de stimulations qui atteignent dans la guerre la limite des possibilités de tolérance - visuelle, sonore, vibratoire, thermique... - et qui sont en même temps porteuses d’un risque de vide absolu, celui de la mort.
Bilal, au contraire, dirions-nous, se contente de quelques vignettes. Qui plus est, ce sont souvent les décors qui semblent jouer dans ses cases le rôle principal. Ainsi, à la différence de l’espace de Jacobs, celui de Bilal affiche-t-il fréquemment le vide humain plutôt que le trop plein. Ses créatures semblent souvent égarées dans une image trop grande pour eux, et, dans La Femme Piège, chaque sujet et chaque corps se trouvent enveloppés d’un halo blanchâtre qui leur donne l’apparence d’un poisson flottant dans un aquarium dont on aurait oublié de changer l’eau... Matérialisation d’un monde vaseux ?
Enfin, chez ces deux auteurs, le rapport de l’action à la durée s’accompagne d’un type particulier de relation des fractions du temps entre elles. Chez Jacobs, la passé sature le présent. Il est présent en lui de façon vivante en contribuant à sa façon au « bourrage » de l’image comme la maison du mage du Mystère de la Grande Pyramide construite à partir de matériaux anciens et porteurs de mystérieuses inscriptions sacrées ; ou encore comme les images enregistrées et reproduites comme une réalité plusieurs siècles plus tard dans le Piège diabolique. Au contraire, chez Bilal, le chemin du passé semble a jamais fermé. Et son monde coupé de toutes racines est aussi privé de tout avenir.
Un dernier élément contribue afin à rapprocher Bilal et Jacobs : le caractère problématique de la représentation féminine. Chez le premier, elle est écartée par une astuce de scénario de la Foire aux Immortels, et le titre de La Femme Piège la désigne menace absolue. Tandis que chez le second, elle est pratiquement absente de l’ensemble de son œuvre, tant dans le dessin que dans la narration.



Si on fait exception des deux héroïnes du Rayon U - d’ailleurs reprises de la bande dessinée de Flash Gordon que Jacobs avait reçu pour mission de parodier pendant la guerre - aucun personnage féminin important ne traverse les aventures de Blake et Mortimer. Quant aux rôles subalternes, ils sont eux-mêmes bien réduits : pas d’hôtesse de l’air, très peu de femmes de ménage ou de concierges... Ou, quand il y en a, leur apparence est

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E.P. Jacobs, "le piège diabolique", Copyright Blake et Mortimer.

incroyablement virile, comme celle de la vieille femme de SOS Météores qui indique « Troussalé » à Mortimer, et que j’ai longtemps pris, enfant, pour quelque bandit déguisé en femme afin de mieux précipiter notre héros dans un piège ! (6) Dans ce monde marqué par le souci du détail juste, une telle absence est plus qu’un hasard, elle fait signe.
Tout d’abord, par cette absence à laquelle semble répondre la perfection érotique des silhouettes masculines, Jacobs, après Freud, illustre à quel point l’homosexualité est au principe du lien social ??. Et il est remarquable que, s’agissant de l’ancienne Egypte, il prenne comme ressort de son action une aventure qui serait arrivée à Akenathon, c’est à dire un seul souverain qui ait tenté de substituer un culte monothéiste et solaire aux cultes intégrant la féminité.
Mais si la femme est absente du récit, c’est bien sûr parce qu’elle est présente sous une autre forme. Et il n’est pas nécessaire d’être psychologue - et encore moins psychanalyste ! - pour reconnaître derrière la menace diffuse, permanente et généralisée qui imprègne chaque scénario et chaque case l’image de quelque « mère archaïque », mère des origines alternativement généreuse et terrifiante avec laquelle, pour chacun d’entre nous, le monde est d’abord confondu. Dans les Trois Formules du Professeur Sato, le robot protecteur de la maison du savant endort Mortimer, puis le porte dans ses bras comme une mère le ferait de son enfant. Mais c’est parce qu’il a été mis au service ses ennemis Mortels ! Ainsi la la proximité, l’abandon, le sommeil, l’inaction même, sont-ils chez Jacobs le premier et dernier « piège diabolique ». S’abandonner, c’est mourir, et les mondes qu’il nous décrit sont d’abord ceux d’une vigilance permanente. De ce point de vue, il n’y a guère de différence entre les menaces que fait peser sur l’homme civilisé la société technologique du cinquième millénaire et celles que représentaient les grands sauriens de la Préhistoire pour les premiers primates. L’homme en voulant se faire l’égal des Dieux, ne crée que le chaos. Mais les héros jacobsiens sont pourtant nombreux à vouloir leur ressembler, que ce soit en devenant les maîtres du monde (dans Le Secret de l’Espadon), des éléments naturels (Dans SOS Météores) ou des secrets de l’âme humaine (dans la Marque Jaune).
De ce point de vue, toute l’œuvre jacobsienne converge vers les Trois Formules du Professeur Sato et sa création d’humanoïdes en tous points identiques à leurs modèles vivants. S’égaler au Créateur suprême - c’est-à-dire à la mère primitive, créatrice de toutes choses - n’est-ce pas en effet le meilleur moyen de pouvoir s’opposer à ses pouvoirs ? Jacobs avait imaginé, pour ses « mémoires » un projet de couverture où chacune de ses créatures apparaîtrait sous la forme d’une marionnette : Mortimer, Blake, Olrik ... Le pantin est en effet la figure majeure de Jacobs, tout comme elle est, d’une autre façon, celle de Manara, et peut-être celle de la bande dessinée en général... Mais alors qu’il s’agit d’une manipulation sexuelle chez le second, c’est l’accomplissement d’un projet démiurge qui anime le premier. Ainsi la figure de la femme s’efface-t-elle de la figuration jacobsienne pour mieux imposer la figure de la puissance primaire archétypale. Et le traitement « phobique » de l’espace si caractéristique de ses bandes n’est à son tour - tout comme l’absence de femme parmi les figures secondaires de l’aventure - que l’empreinte portée dans la composition des cases par les angoisses secrètes qui animent le scénario. Le choix de l’Angleterre comme pays de référence de ses héros ne serait-il pas finalement lui aussi lié à l’importance - unique dans un monde occidental - que prend dans ce pays la figure tutélaire de la « reine » ?
Cette image protectrice et rassurante n’est-elle pas en effet bien nécessaire pour contre-balancer la place prise dans ces aventures par l’omniprésence d’une menace diffuse ? Enfin, ce n’est sans doute pas un hasard si les figures du savant fou, génial et malfaisant, prennent volontiers chez Jacobs des attitudes et même un visage qui évoquent une féminité effrayante. En effet, chez Hergé, la femme a souvent une allure virile. C’est la force de la stature de la Castafiore ou celle de l’épouse d’Alcazar dans Tintin et les Picaros. Au contraire, l’homme, chez Jacobs, lorsqu’il n’est plus viril, prend une allure de vieille cocotte. C’est Septimus fouettant Olrik comme une mégère acariâtre (rien de mâle justement, dans cette correction). C’est Miloch mettant la dernière main à son piège diabolique comme une ménagère affairée dans sa cuisine. Il y a dans ces figures quelque chose de dérisoirement féminin. Une dérision qui ne prend son sens que d’être mise en rapport avec les comportements des personnages : Miloch contrôle les « éléments naturels »; et Septimus manipule les comportements et la conscience d’Olrik. Ainsi sont-ils tous deux fortement évocateurs du fantasme d’une mère toute puissante qui maintiendrait son enfant dans une dépendance absolue à ses caprices. Soit par un contrôle de ce qui l’entoure, y compris de la durée dans laquelle il est pris : soit par un contrôle de son être intime. Les trois institutions que Septimus tente d’atteindre à travers la sujétion absolue de trois des plus célèbres représentants sont d’ailleurs celles que les féministes ont dénoncées depuis un siècle pour être les trois piliers laïques de pouvoir mâle : l’Education (et derrière elle la Science), l’Information, la Justice. Quant à la formule qui permet à Olrik de se révolter, premier pas juste sur le chemin de son identité retrouvée, elle n’est autre qu’une incantation proposée à Mortimer par le grand prêtre d’Akhenaton, premier serviteur de la puissance solaire, autrement dit de la divinité paternelle. Une incantation qui fait elle-même référence à « Horus », dieu royal par excellence, sous-bassement de la famille patrilinéaire et de la légitimité monarchique, que les Grecs ont ensuite identifié à Apollon.
On voit donc que ce n’est pas l’omniprésence des souterrains qui permet d’affirmer la préoccupation secrète de Jacobs pour les profondeurs maternelles et les secrets qu’elles cachent. Ce n’est pas non plus le fait que cette exploration s’effectue sous le signe d’une opposition entre puissances souterraines et divinités solaires, puisque celle-ci fait partie d’un fonds culturel qui porte son empreinte sur de nombreuses productions de l’esprit. C’est le fait que la sujétion totale à une puissance que tout nous donne pour être celle d’une mère archaïque soit finalement déjouée par un recours symbolique ; et même doublement symbolique, puisqu’il s’agit d’une formule verbale qui n’a pas d’autre pouvoir qu’incantatoire, et que cette formule fait référence à une autorité paternelle idéalisée : « Par Horus demeure ! »
Privé de cette médiation que le langage assure et contient - et celui-ci est si essentiel dans certaines images de Jacobs que le texte semble y faire « case à part », le monde pourrait bien être menacé d’anéantissement, de confusion... ou, ce qui revient finalement au même, d’hypnose généralisée. Celle qui trouve son expression dramatisée dans La Marque Jaune pour culminer dans le troisième épisode du Piège diabolique où l’hypnotiseur est devenu parfaitement invisible et désincarné ; jusqu’à la confusion totale des Trois Formules où le double électronique de Mortimer obéit comme un pantin. Dans l’œuvre de Jacobs – et c’est sans doute l’un des secrets de son pouvoir de fascination, l’image est à la fois magnifiée dans sa beauté et pointée comme source de confusions et de dangers. Au sein de la Grande Pyramide, Blake et Mortimer ne partagent-ils pas d’abord la vision d’Olrik, - le fossé qui se comble d’eau et les crocodiles qui s’avancent pour le dévorer - avant d’être détrompés, par les mots du mage, sur les illusions, de l’image ? Et le comble de l’horreur n’est-il pas atteint dans les Trois Formules du Professeur Sato lorsque Mortimer, découvre un androïde à son image, leurre suprême ? Ainsi, parallèlement à la manière dont la femme est exclue de la représentation chez Jacobs, la terreur et la fascination qu’elle inspire paraît être déplacée sur l’image : les pièges de ses illusions sont dénoncés et dénoués par les pouvoirs symboliques du langage ; tandis que le style graphique de l’auteur, en imposant la saturation, contraint le lecteur à une vigilance permanente. Mais nous allons voir que cette œuvre nous donne encore d’autres indications qui nous permettent de pousser la compréhension de l’absence de figures féminines vers d’autres voies.
Revenons-en pour cela au Piège diabolique, l’album que Gérard Lenne présente comme le chef d’œuvre jacobsien (4). il s’y trouve en effet une exception notoire à l’absence de figure féminine : Agnès de la Roche, l’anachronique Agnès que Mortimer sauve de la mort et confie à un religieux, autrement dit à un « bon père ». Ce « Sire Chapelain », comme l’appelle le héros, apparaît comme le double positif du père d’Agnès, châtelain de la Bove, Seigneur de la Roche. Que le patronyme de celui-ci - La Roche - évoque phonétiquement celui du héros noir de Jacobs - Olrik - n’étonnera pas. Cette autre figure du mal menace en effet dès son apparition de mettre à mort deux enfants qui ont levé un lièvre ! Serait-il dangereux de tendre des collets dans les forêts de l’œuvre jacobsienne à la recherche de quelque « lièvre » hypothétique ? Le fantasme à l’œuvre paraît bien être ici, en tout cas, de délivrer une fille d’un père cruel et possessif pour la confier à un père adoptif, généreux et tolérant, tout en respectant le lien privilégié père-fille qui exclut toute autre présence entre eux. Tout indique en effet dans cette bande le Seigneur de la Bove pour être le parent unique d’Agnès. Père veuf probablement - c’est pour le XIVe siècle, la seule hypothèse recevable - veillant jalousement, et probablement abusivement, sur une fille orpheline. Quant au père chapelain, sa qualité de religieux exclut par hypothèse toute éventualité de belle-mère ou de fratrie!
Ainsi la menace diffuse et menaçante reçoit-elle un semblant d’explication dans la figure cruelle – sadique ? - d’un père. Et le geste de Mortimer de confier la jeune fille à un autre père - que tout indique pour être bienveillant et aimant puisqu’il s’est opposé au précédent en prenant la défense de deux enfants - pourrait bien être un indice des tentatives faites par Jacobs pour imaginer à l’origine de la figure maternelle menaçante qui le hante, l’explication d’une généalogie. Une fille soumise à l’arbitraire d’un père cruel et privée de tout réconfort maternel ne peut en effet que reproduire ensuite les comportements de celui-ci, et marquer ses propres enfants de l’empreinte d’une mère d’autant plus menaçante qu’elle se confond épisodiquement, par amour pour lui, avec son propre père...
Que cet épisode moyenâgeux soit suivi, dans le même album, d’un autre où le monde est vide de toute créature féminine, montre en effet le résultat d’une telle constellation. A la fille cachée par son père avec ses « autres trésors » (et miraculeusement délivrée par Mortimer au hasard d’une porte latérale placée juste au bon endroit et au bon moment...), succède le chaos d’un monde dénué de toute présence féminine. Ainsi, le père, parce qu’il a voulu garder pour lui son « trésor », a-t-il engendré un monde livré à la rivalité permanente des frères; un monde où « virilité » semble condamné à rimer avec « rivalité »... à l’image de la « horde primitive » décrite par Freud. Autrement dit, un monde sans pitié.
Il est également remarquable que Mortimer, au cours de son bref passage, protège Agnès des appétits sexuels de la soldatesque, et lui rende sa dignité par un geste qui vise à le détacher du statut de « trésor du père » où celui-ci l’avait mise. Jetant les pierres précieuses au milieu des assaillants pour faire diversion et sauver Agnès, il montre qu’une femme femme, aussi belle soit-elle, n’est le « trésor » de personne. En permettant le départ d’Agnès et du « père chapelain » par le passage secret qui le ramène vers la machine à explorer le temps, il souligne enfin le caractère magique de ce dénouement, soumis finalement au hasard du geste qui a arrêté Mortimer en ce siècle...
Mais quelle signification donner à une telle construction graphique? «Fantasme» ou réalité familiale de la généalogie des Jacobs que l’artiste aurait en quelque sorte exorcisée sous la forme d’un criminel diabolique, seigneur du mal au cœur de pierre (ou de Roche...), Olrik ? Un criminel, d’ailleurs, dont la moindre des caractéristiques n’est pas de perdre peu à peu son caractère méphistophélitique pour devenir un simple chef de bande. Comme si les mises en scène successives exorcisaient peu à peu la mythologie dont il aurait été nimbée pour lui restituer un caractère de simple humanité.

*

S’agissant de Hergé, j’ai montré ailleurs comment les aventures de Tintin racontent le long chemin qui mène de l’enfant idéal que tout adulte porte en lui au détachement des parents, et à celui de leur histoire dont chaque enfant est en quelque sorte l’héritier (3). Et le rôle privilégié du dessin comme moyen pour l’adulte de renouer avec les questions qu’il s’était posées, enfant, autour de l’histoire de ses parents. Questions mobilisées par la frange de mystère et de réticence pouvant entourer certains événements de leur vie, de telle manière que leur abord direct par le langage se trouve empêché ou culpabilisé.
Or nous retrouvons dans l’épisode moyenâgeux du Piège diabolique plusieurs de ces caractères essentiels que j’avais soulignés dans la quête généalogique du capitaine Haddock. Dans les deux cas, l’exploration est menée par un sosie du héros projeté dans le passé : chez Hergé, c’est le chevalier de Haddoque, en tous points semblables au capitaine ; chez Jacobs, c’est Mortimer lui-même, envoyé vers le passé par l’astuce d’une machine à se déplacer dans le temps. Dans les deux cas, le héros intervient pour ménager au passé un dénouement différent : Haddock réconcilie le chevalier avec son père Louis XIV ; Mortimer donne à Agnès, dont on peut penser qu’elle sera la fondatrice de la future dynastie des seigneurs de la Bove, un père aimant et non plus cruel. Dans les deux cas également le héros qui opère cette réconciliation est celui qui porte les émotions vives de l’auteur : Haddock dans un cas, qu’Hergé a désigné explicitement pour le représenter lui-même ; l’intuitif et chaleureux Mortimer dans l’autre, à côté de qui Blake fait bien souvent figure de Tintin vieilli avec l’âge ; un Tintin qui aurait ajouté à son visage inexpressif et à son don du déguisement - mais l’un n’est-il pas le complément obligé de l’autre? - le mince duvet d’une moustache blonde, sans rien perdre pour autant de son caractère de redresseur de torts un peu borné. D’ailleurs, si Blake est baptisé « superflic » par Olrik, ce qualificatif ne conviendrait-il pas parfaitement à Tintin? Dans les deux cas encore, les albums de cette réconciliation sont présentés comme des sommets de l’art de leur auteur : Le Temple du Soleil et Tintin au Tibet dans un cas ; Le Piège diabolique dans l’autre. Enfin, de même que les titres des albums hergéiens consacrés au dénouement de l’histoire familiale portaient un titre évocateur (Le Secret de Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge s’avérant finalement raconter l’histoire du « secret d’un trésor », c’est-à-dire du secret d’une origine illustre), Le Piège diabolique n’est-il pas l’expression par laquelle pourrait être désigné tout secret familiale qui lie la destinée de l’enfant à des événements qui ne le concernent pas ?
Le statut d’une telle reconstruction - pure fiction ou bien reflet d’une réalité historique familiale des « Jacobs » - est évidemment indécidable dans le cadre de ce travail. Ce qui m’intéressait était de relever comment l’activité graphique, chez celui qui s’y adonne, porte à de telles reconstructions. D’autant plus qu’il y a peu de dessinateurs qui soient en même temps leur propre scénariste. Et moins encore dont l’œuvre, parce qu’elle est achevée, permette une exploration qui tienne compte de tout ces facettes. De ce point de vue, Jacobs et Hergé, qui ont chacun consacré l’essentiel de leur travail à une œuvre unique sont deux exemples précieux. Il se trouve qu’en ce qui concerne Hergé, mes hypothèses viennent récemment de se trouver confirmées par la publication d’informations jusque-là tenues secrètes sur l’origine bâtarde, secrète, et peut-être noble, de son père (8). Quelque découverte viendra-t-elle un jour confirmer la justesse de ces questions autour du Piège diabolique dans lequel aurait été, lui, aussi enfermé E.P. Jacobs ?
Ce qui s’impose, en tout cas, à travers cette œuvre, c’est la nécessité d’un regard qui ait la capacité de substituer à l’horreur d’un vide impossible à représenter et donc à maîtriser - celui du puits sombre où l’enfant chuta ou celui d’un psychisme parental tourné vers une histoire indicible ? - l’effroi d’un grouillement proliférant et monstrueux, mais toujours visible et évitable. Un grouillement dont le crayon n’a de cesse de rendre la magnificence fascinante dans un style fiévreux et précis. Cette opération mentale de substitution d’une horreur représentable à un vide sans représentation pourrait bien avoir été le ressort de la création graphique chez E.P. Jacobs. Une opération qui marque non seulement son style et ses scénarios, mais contribue à la beauté envoûtante de certaines de ses images les plus inutiles à la narrations. Comme dans Le Secret de l’Espadon, lorsque le gouffre noir où Olrik manque de tomber sur le chemin de la base secrète se révèle habité d’araignées immenses aux formes magnifiques...


Serge Tisseron.


(1) L’ensemble de l’œuvre de E.P. Jacobs, d’abord publiée aux « Editions du Lombard », est actuellement rééditée par les « Editions Blake et Mortimer » (diffusion Dargaud)
(2) Dans le texte, Serge Tisseron écrit « Olrick », je [Fred] me suis permis de corriger à la retranscription.
(3) Les deux seules exceptions à cette règle se trouvent à la fin de On a marché sur la lune, où les héros sont à la fois enfermés dans la fusée lunaire et soumis à la nécessité d’un atterrissage rapide ; et dans Tintin au Tibet, dont Hergé a dit qu’il avait été contemporain pour lui d’angoisses terribles. Dans Tintin chez le psychanalyste, j’ai montré la place de ces exceptions dans le cycle Hergéin (Aubier-Archimbaud, Paris, 1985)
(4) Gérard Lenne, Blake, Jacobs et Mortimer, Séguier - Archimbaud, Paris, 1988.
(5) Dans le texte, Serge Tisseron écrit «Murdock», Je (fréric) me suis permis de corriger à la retranscription.
(6) SOS Météores, page 19.
(7) Edgar P. Jacobs, Un opéra de papier, Gallimard, Paris, 1981
(8)Thierry Smolderen et Pierre Sterckx, Hergé, Biographie, Casterman, Bruxelles, 1988
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Commandant Hamilton » 27 juil. 2013, 22:55

Superbe! :D
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par archibald » 28 juil. 2013, 07:24

Professeur Diging a écrit :Superbe! :D
Tu l'as lu ?
Si oui , tu peux nous donner ton avis ?
La couverture me semble plutôt tournée vers la BD US . ;)
Je suppose (et j'en suis presque sur après avoir vérifié sur Wikipédia , mais est ce une source sure ? :D ) c'est le même Serge Tisseron qui a beaucoup écrit sur Hergé .
http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Tisseron
Well then, Legitimate Edgar, I must have your land.
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Commandant Hamilton » 28 juil. 2013, 08:15

Bon, je n'ai pas lu le livre, mais oui la presentation dans la quatrième et je crois que c'est un bon livre. La couverture este trés bon, mais dommage que Blake et Mortimer ne sont pas là :(
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Mitsugoro » 28 juil. 2013, 08:44

Je l'ai vu en conférence à mon boulot, où il parlait du rapport aux adolescents avec le numérique. C'était de loin la meilleure conférence, Serge Tisseron ayant su étendre la réflexion au delà du poncif "internet/le jeu vidéo est-il dangereux?". Bref, c'est un gars qui sait vivre avec son temps et qui a des choses intéressantes à dire, je serais donc curieuse de lire ce qu'il peut bien raconter sur Jacobs.
Qui ose souiller de ses souliers la loge du grand Mitsugoro ?
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par freric » 28 juil. 2013, 10:17

J'ai complété le premier sujet et corrigé deux fautes de présentation.

Archibald, c'est bien le même auteur!

Mitsugoro, c'est un auteur que j'apprécie, je lis fréquemment son blog.
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Thark » 28 juil. 2013, 13:58

Tisseron est aussi dessinateur et même auteur de BD ! "Le journal d'un psychanaliste" ou "Les dessous de divan" ne sont pas tristes ! ^^
En 1978, il a même réalisé une "Histoire de la psychiatrie en bandes dessinées" ( :!: )... et il est particulièrement connu pour ses livres sur l'univers d'Hergé, comme "Tintin et le Secret d'Hergé" (Hors Collection 1993)...

[Voici un lien très complet pour découvrir sa Tisseron's bibliographie]

Il est pointu mais accessible, ce n'est pas un psy dogmatique et donneur de leçons, et il connait à merveille la Bande Dessinée...
Bref : j'ai hâte de pouvoir lire ses écrits sur Jacobs !!!! :D :p
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Will » 28 juil. 2013, 14:09

archibald a écrit :
La couverture me semble plutôt tournée vers la BD US . ;)
Professeur Diging a écrit : La couverture este trés bon, mais dommage que Blake et Mortimer ne sont pas là :(
Ben , si ! La planche la plus haute représente 7 cases de cette planche du Mystère de la Grande Pyramide .
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par freric » 28 juil. 2013, 14:15

on ne la fait pas à Will!

Petit pinailleur à encore frappé... Will, tu es de la famille d'oeil de Lynx?
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Will » 28 juil. 2013, 14:16

:)
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par catallaxie » 28 juil. 2013, 18:10

Pour Will ! :chap:
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par freric » 05 oct. 2013, 15:45

Avec l'autorisation de l'auteur, Serge Tisseron,
Avec l'autorisation de l'éditeur, les Editions Aubier Flammarion

Le forum Centaurclub peut mettre en ligne le chapitre "De l'espace Réduit au temps compté", qui est une analyse de l'oeuvre de Jacobs réalisé par Serge Tisseron.

Merci à eux.

Le chapitre est reproduit dans le premier article de ce sujet.
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Thark » 05 oct. 2013, 17:58

Yesss ! Merci Fred !
Même si ce texte touffu de Serge Tisseron présente une approche et une analyse forcément subjectives, c'est vraiment une excellente contribution dans le cadre du Centaur Club. Un peu tortueuse, parfois, mais passionnante.

Un post sacrément copieux (qui a été brillamment mis en forme par Fred, après un petit détour par le regard attentif de quelques forumeurs motivés ! 8-) ;) :P )...
Je vais donc relire tout ça avec grand plaisir ! :p :roll: :o
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par Captain Gregg » 06 oct. 2013, 11:56

Cet article est vraiment passionnant. Merci Fred de nous y avoir donné l'accès.
J'ai bien aimé le parallèle avec Enki Bilal, bien que je connaisse assez mal l'univers de ce dernier. C'était fascinant cette différence de points de vues, "la précipitation jacobsienne"contre "le ralentissement" de Bilal; le"contrôle" face à "la confusion".......
En tout cas, l'article nous conforte bien dans l'idée que lire les albums de Blake et Mortimer"requiert toute l'attention possible et demande une concentration de tous les instants, tant les cases sont précises, détaillées, chargées... La peur du vide, à tous les niveaux!!!

En revanche, j'étais loin de voir en Septimus et MIloch, des images déformées et dérisoires de la féminité.... :lol: :lol: (Je reprends Septimus en "vielle mégère" et Miloch derrière sa machine diabolique, comme une vieille "ménagére dans sa cuisine"Point de vue très personnel, mais assez percutant cependant!!! :idea:
Ce fut une joie de lire cet article, qui méritera je pense encore bien d'autres lectures!!! 8-) 8-)
harlock
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par harlock » 08 oct. 2013, 09:03

Excellent article, bien que certaines analyses soient un peu tirées par les cheveux (mais bon j'ai tendance à trouver toutes les analyses littéraires tirées par les cheveux).
En tous cas, lu avec grand plaisir !

Par contre je n'ai pas très bien compris cette phrase :

"Tout d’abord, par cette absence à laquelle semble répondre la perfection érotique des silhouettes masculines, Jacobs, après Freud, illustre à quel point l’homosexualité est au principe du lien social ?? "

Il semble que les points d'interrogations soient en trop, ou qu'un morceau s'est perdu en route. Si quelqu'un pouvait m'éclairer...
mokenamoke
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Re: (livre) La bande dessinée au pied du mot

Message par mokenamoke » 08 oct. 2013, 21:32

harlock a écrit :Excellent article, bien que certaines analyses soient un peu tirées par les cheveux (mais bon j'ai tendance à trouver toutes les analyses littéraires tirées par les cheveux).
En tous cas, lu avec grand plaisir !

Par contre je n'ai pas très bien compris cette phrase :

"Tout d’abord, par cette absence à laquelle semble répondre la perfection érotique des silhouettes masculines, Jacobs, après Freud, illustre à quel point l’homosexualité est au principe du lien social ?? "

Il semble que les points d'interrogations soient en trop, ou qu'un morceau s'est perdu en route. Si quelqu'un pouvait m'éclairer...
C'est vrai que certaines interprétations sont assez tirées par les cheveux, les commentaires "freudiens" sont décidément indémodables. Je n'ai pas compris non plus la phrase citée ci-dessus. Et je me demande aussi à quoi on fait allusion au début quand on parle de "monde robotisé où il est impossible de mentir".
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